Sont loyalistes, ceux qui témoignent de la loyauté à leurs souverains ou aux régimes et aux institutions établis en leur restant fidèles face à la rébellion.

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vendredi 4 mars 2011

Le terrorisme d'extrême gauche rejoint les djihadistes?


A priori, tout semble opposer les idéaux de l’extrême-gauche et les djihadistes salafistes. Pourtant, des points de convergence sont en train de les rapprocher au-delà de leur différence fondamentale : le fait que les premiers ne croient pas en Dieu et que les seconds sont prêts à sacrifier leur vie pour Allah et son prophète.

En effet, si les idéologies marxiste-léniniste et maoïste prônées par les activistes d’extrême gauche (et anarchistes) depuis les années 60-70 sont largement discréditée - surtout après l’effondrement de l’URSS et la conversion à l’économie de marché du régime chinois - ces derniers se retrouvent dans de nouveaux idéaux qui sont proches de ceux prônés par les djihadistes salafistes.

Les deux courants de pensée conçoivent leur lutte comme une révolte dirigée contre ce qu’ils considèrent être une société injuste. Leur but commun est de conduire une révolution qui rebâtira un monde meilleur sur les ruines de la société qu’ils auront contribué à détruire. L’extrême gauche et les djihadistes salafistes rejètent conjointement les valeurs bourgeoises, le matérialisme, le capitalisme et son corollaire: la mondialisation.

Dans les deux cas, de nombreuses jeunes recrues agissent en réaction contre leurs parents et leurs aînés. Tout débute donc par un conflit de générations. Les gauchistes, souvent issus de la bonne société, en rejettent les valeurs. Les jeunes attirés par le salafisme refusent la religion telle que la pratiquent leurs parents. Ils jugent qu’elle a surtout été utilisée dans le but de les asservir et de leur faire accepter leur sort sans sourciller. La cause de cette révolte tient beaucoup au fait que ces jeunes n’ont pas su ou pu s’intégrer dans la société dans laquelle leurs parents ont construit leur vie. Enfin, ils croient tous lutter pour une idée qui concerne autant eux-mêmes que l’ensemble de la planète, par delà les frontières. Tous souhaitent donc mener une révolution mondiale.

Le docteur Ayman Al-Zawahiri, numéro deux d’Al-Qaida et fin connaisseur de la civilisation occidentale, a bien compris cette évolution. Il tente donc de l’exploiter à son profit. Le 5 mai 2007, une vidéo issue de la société de production d’Al-Qaida, Sahab1, a été diffusée reprenant ses déclarations suivantes: « je veux que les noirs en Amérique, le gens de couleur, les Indiens américains, les Hispaniques et que tous les faibles et opprimés d’Amérique du Nord et du Sud, d’Afrique et d’Asie et partout dans le monde sachent que lorsque nous menons la guerre sainte selon la volonté d’Allah, nous ne nous battons pas seulement pour lever l’oppression dont souffre le peuple musulman, mais aussi pour lever l’oppression de l’ensemble de l’humanité ». Il invite les défavorisés à « rejoindre l’islam, la religion de liberté et de rejet de la tyrannie… ». Il montre en exemple al-Hajj Malik al-Shabaaz - Malcom X – en le qualifiant de « combattant et martyr ».

La réapparition en Allemagne et en Italie des groupes révolutionnaires qui reprennent les traditions de la Rote Armee Fraktion (Fraction Armée Rouge) et des Brigades Rouges2 commence à inquiéter sérieusement les autorités. Une des nouvelles organisations terroristes allemande s’intitule « MG » (Militant Group). En Italie, on parle de la « seconde position des Brigades Rouges ». Si, à l’époque, ces mouvements terroristes n’avaient pas reçu le soutien populaire qu’ils espéraient, il en est différemment aujourd’hui. A savoir, nombre de militants altermondialistes sont prêts à accepter que la violence soit employée pour faire triompher leurs idées. S’ils ne passent pas eux-mêmes à l’acte, ils constituent néanmoins un vivier et un réseau logistique important sur lesquels peuvent compter les extrémistes. Intelligemment, ils ont également su porter leur combat politique sur les thèmes populaires que sont l’écologie, la défense des Droits de l’Homme, l’identité régionale revendiquée par de nombreux séparatistes, etc. Ils obtiennent la publicité qu’ils recherchent grâce à la couverture complaisante de leurs actions par nombre de journalistes en mal de sensationnel ou encore très marqués par l’idéologie marxiste-léniniste. Beaucoup d’intellectuels, également solidement ancrés à gauche, soutiennent leur action, ce qui tend à leur donner une caution morale qui peut peser dans la balance.

Il est surtout frappant de constater que, pour eux, les règles de la démocratie ne s’appliquent que lorsqu’elles leur sont favorables. En cas d’échec, comme dans le cas des récentes élections françaises, ils remettent alors en cause la légitimité même du système et font « parler la rue ». Dans un premier temps, ce seront des grèves, des manifestations, de la « résistance » civique. Certains extrémistes feront appel à la violence pouvant aller jusqu’à l’acte terroriste. Leur rêve reste toujours la « révolution » qui abattra le système capitaliste qu’ils honnissent, pour établir la société dont il rêvent qui est en fait une dictature d’un petit nombre d’illuminés appuyés par des « imbéciles utiles » comme les appelait Lénine.

En conséquence, ayant le même objectif à court et moyen terme - la destruction de la société occidentale - les activistes d’extrême gauche et les djihadistes salafistes peuvent nouer des relations logistiques et parfois opérationnelles communes. Pour eux, le problème ne se pose pas durant la première phase de la révolution, dont le but est de détruire la société actuelle. C’est quand la reconstruction débutera que les conflits surviendront entre les deux camps. Nul doute que les djihadistes comptent alors remporter aisément la victoire sur leurs alliés de circonstance, car ils sont beaucoup mieux structurés, armés et unis. Ils comptent également sur la conversion à l’Islam d’ex-activistes d’extrême gauche. Sans être encore important, ce phénomène est en train de débuter. Ces personnes avides d’idéal que la société capitaliste ne peut pas leur proposer, se tournent vers l’islam comme beaucoup de leurs anciens avaient adhéré au bouddhisme. Mais, différence importante, les adeptes de cette religion prônaient pour leur part la non violence.

  1. 1 Depuis le début 2007, Al-Zawahiri a fait sept déclarations dont deux sur support vidéo. L’organisation Sahab a diffusé 35 vidéos depuis le début de l’année, ce qui laisse à penser qu’elle travaille dans des conditions de relative tranquillité, vraisemblablement dans les zones tribales pakistanaises.
  2. 2 Si la RAF est responsable de la mort d’une trentaine de personnes, les Brigades Rouges pour leur part, ont fait plus de 400 victimes.

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