Sont loyalistes, ceux qui témoignent de la loyauté à leurs souverains ou aux régimes et aux institutions établis en leur restant fidèles face à la rébellion.

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Citation du jour : "Quiconque nie l'autorité et le combat est anarchiste." [Sébastien Faure]

Bon mois de Ramadan

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jeudi 14 avril 2011

Abidjan bombardée : la chose est de retour


Abidjan bombardée. Et voilà les oiseaux de la mort de la mission Licorne au dessus de La Riviera, du Plateau, de Yop, de Cocody ; et voilà Abidjan bombardée. Abidjan agressée. Feu sur Abidjan. Et voilà la Côte d’Ivoire et l’Afrique de nouveau offensées par une puissance, par la puissance venue d’ailleurs.

Et Paris qui pavoise « la France est de retour sur la scène géopolitique internationale », « la France est en première ligne », et la presse parisienne qui approuve, qui savoure comme le tortionnaire savourant la douleur de sa victime ; et la presse de France – une certaine presse - qui se dresse la crête levée, excitée ; la presse de France qui bat des ailes, qui s’extasie, qui chante : « La France est en mission de lumières ! En mission de démocratie ; en mission de protéger les populations civiles. Les frappes sont ciblées. Guerre propre. » Un meurtre peut-il être propre ? Depuis quand l'acte de tuer serait-il devenu action propre, humaniste ? 

Guerre propre, guerre propre, on pérore ; guerre propre, bombardement des lieux stratégiques. Et ces hôpitaux soufflés, et ces centres commerciaux anéantis, et ces habitations rasées ? Et ces morts, oui, ces morts, ces centaines de victimes ? Silence. Omerta. On pilonne ; on pilonne la Côte d’Ivoire devenue lieu de vidange de la puissance meurtrière venue de France. Et plus rien pour restreindre cette folle volonté de toute puissance. Plus rien. Folie de grandeur déchainée.

Hurlements : « Mais attendez ! Nous sommes en mission de défense de la démocratie en Côte d’Ivoire et on nous accuse ? Comment ? Nouvelle guerre coloniale ? Mais renseignez-vous : la France a un mandat moral ; elle a bombardé sur demande expresse des Nations Unies ! Nous sommes en mission de défense de la morale internationale ! » Et on s’écrie : « Et qu’aurait-t-elle donc de si barbare cette mission ? Qu’y a-t-il de si barbare à bombarder pour la démocratie ! »

La cruauté légitimée, glorifiée au nom de la défense d’une idée : la démocratie ! On s’arroge le droit, le plein droit de tuer au nom de la démocratie. Le droit de tuer au nom de la démocratie érigé en honneur national ! « La France est de retour sur la scène internationale ! » Prestance internationale ! Estime de soi rehaussée par la pluie de bombes balancée sur Abidjan ! Narcissisme collectif ; narcissisme groupal, national, partagé, exalté. Le prestige international de la France ! Délire de puissance. Crimes sans culpabilité !

Abidjan bombardée ; il faut rabaisser, écraser, mettre à genoux la Côte d’Ivoire. Il faut faire exemple. Il faut rappeler la loi à tout le monde : ici en pré-carré, le caïd, c’est Paris ; ici, en pré-carré, le maître, c’est la France. On croyait pourtant cette domination-là révolue ; on la croyait jetée dans les poubelles de l’histoire. Et la voilà de retour dressée sur ses pattes-arrières avec la même arrogance, avec la même monstruosité. La voilà de retour, l’avidité de nouveau palpitante de toute puissance ; la voilà de retour la folie de domination toutes dents dehors ; la voilà proclamant le droit de conquête « devoir de protéger les populations civiles ».

Protéger les populations civiles ! Nouvelle doxa ; nouvelle philosophie humaniste ? Sucrerie sonore ; vieille confiserie empoisonnée qui n’est vocable neuf que pour les sans-mémoires, les amnésiques. « Protéger les populations civiles » est une vieille menterie ressortie des alvéoles nauséabondes de l’histoire. Souvenons-nous : il y a quelques siècles, on appelait déjà expropriation protectorat, razzia protectorat, massacres protectorat.

On était déjà en mission, en devoir de protection des peuples d’Afrique ! Il s’agissait, zézayait-on, à l’époque, de protéger le colonisé contre lui-même, de protéger le colonisé, ce sous-homme, cet arriéré, ce sauvage contre sa propre barbarie ; il s’agissait, zozotait-on, de le soumettre dans son propre intérêt ! Et quand il arrivait que ce colonisé-là, se faisait Samory Touré, Béhanzin ou Tchaka Zoulou pour récuser cette « protection », on le rouait d’insultes et de coups, on le couvrait de tous les crimes du monde, il était aussitôt estampillé chef sanguinaire, chef cruel, despote à éliminer. Déjà ! « Radio Paris » mentait déjà à l’époque. Comme aujourd’hui encore ; comme aujourd’hui de nouveau.

C’est que la chose est de retour. Cette fois-ci au nom de la démocratie. Et on psalmodie : Au nom de la démocratie ! Au nom de la démocratie. Au nom de la démocratie bafouée, il faut libérer Abidjan. Et on bombarde sans retenue ; on bombarde à cœur joie. Il faut libérer. Mais quelle est donc cette libération qui vaut qu’on assassine, qui vaut qu’on massacre, qui vaut qu’on tue ? Quel est ce bien qui vaut licence de tuer ? Qui vaut permis d’écraser ? Quelle est cette libération qui libérerait un peuple en assujettissant son Etat à une domination extérieure ? Quelle est cette libération qui récuse le droit de chaque peuple de fonder sa propre loi ?

La vérité : c’est que la chose est de retour. Déchainée comme autrefois. Du temps des Voulet et Chanoine. Voulet et Chanoine avec leurs colonnes fumantes se disaient, eux aussi, en mission pour le bien suprême ; ils étaient en croisade pour une grande idée, pour une idée absolutisée, pour une idée qui ne pouvait souffrir aucune contradiction ; ils se croyaient, eux aussi, en droit de soumettre, d’écraser tout éventuel obstacle à l’accomplissement de leur haute mission. Incendies, vols, pendaisons, les victimes pendues aux branches des jujubiers. Violence coloniale célébrée. C’était la norme.

Aujourd’hui Paris ne célèbre plus le sang versé des pendus ; Paris célèbre « les frappes chirurgicales », « les frappes ciblées » « les frappes ciblées contre les armes lourdes » ; Paris célèbre les exploits, la grandeur de sa puissance de feu technologique ! Triste spectacle : voilà de nouveau la France la raison politique perdue, la raison politique ballottée par cette brutale et barbare volonté de toute puissance, de domination sans limites ; voilà de nouveau la France, reine du mensonge, reine de la tartufferie.

Voilà revenu le temps de la tartufferie : on parle de droit et on pratique la guerre ; on parle de droits de l’homme et on nourrit, on soutient, on porte à bout de bras une rébellion aux mains dégoulinantes de sang ; une rébellion connue pour sa férocité, sa sauvagerie, sa brutalité sans pareil ; une rébellion qui pille, qui viole, qui massacre depuis bientôt dix ans. On parle de protection des populations civiles et on pilonne, on tue chaque jour.

On parle de démocratie et on écrase la volonté populaire ivoirienne, on refuse le recomptage des voix ; on parle de démocratie et on impose à coups de bombes aux Ivoiriens un Président contesté, rejeté. On parle de liberté de la presse et on pravdise la presse ; on étouffe, on refuse toute information contradictoire sur la Côte d’Ivoire. On institue la vérité officielle en vérité indépassable. Et non sans un certain cynisme, on bombarde Abidjan et on parle de reconstruction de la Côte d’Ivoire ; on détruit, on démolit, on saccage avec acharnement et on dit qu’on reconstruira. Qu’on reconstruira avec les multinationales du chocolat, évidement. Bien sûr ! Triste spectacle ! Mais fort heureusement l’histoire n’est pas finie !

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