Sont loyalistes, ceux qui témoignent de la loyauté à leurs souverains ou aux régimes et aux institutions établis en leur restant fidèles face à la rébellion.

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Citation du jour : "Quiconque nie l'autorité et le combat est anarchiste." [Sébastien Faure]

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mercredi 10 août 2011

La fin de l’autorité scolaire absolue




L’autorité repose en grande partie sur le pouvoir. À l’époque, pas si lointaine, où les enseignants et les institutions détenaient le savoir et le pouvoir, les élèves n’avaient qu’à bien se tenir. Or, les temps ont changé. Pour commencer, les médias ont largement contribué à diffuser le savoir. Aujourd’hui, les nouvelles technologies de la communication causent une nouvelle vague de changement qui habilitent les individus, au sens d’empowerment, comme aucune autre invention de l’histoire. Ce pouvoir tient largement au fait que les individus ont toute liberté de mailler des groupes à l’insu de l’ordre établi. La subversion a déjà atteint l’ordre universitaire, et elle ne devrait pas tarder à gagner le collégial et le secondaire.


Récemment, un article dans The Chronicle of Higher Education mettait en lumière les nombreuses façons dont les nouvelles technologies ont transformé les méthodes d’apprentissage des étudiants (The Net Generation Goes to College). Le plus étonnant, c’est que les universités sont impuissantes à endiguer la vague qui déferle ; elles n’ont d’autre choix que de s’adapter au changement.

La conscience de leur autonomie incite les étudiants à organiser la vie universitaire comme ils l’entendent. Ils ne se contentent pas de modifier les méthodes d’apprentissage, mais de chambouler l’organisation des cours. À tel point que bon nombre de professeurs ont appris à ne plus donner de cours le vendredi (New York Times : How Thursday Became the New Friday). Naturellement, les administrateurs sont aux abois : « There are literally billions of dollars in facilities that sit empty for too many hours of the week. »

Au collégial et au secondaire, les premiers signes du bouleversement imminent sont déjà manifestes dans le mécontentement ou l’indifférence des élèves à l’endroit d’une école qui tarde à se moderniser. On reproche beaucoup aux élèves leur indiscipline, que les éducateurs, toujours les derniers à s’observer, sont prompts à mettre sur le compte de l’éclatement de l’ordre familial et social. Sans pour autant minimiser les bouleversements familiaux et sociaux, il n’en demeure pas moins que les écoles, avec leur organisation archaïque, sont largement responsables de leurs déboires. Je ne crois pas que l’on puisse continuer très longtemps à contrôler toute cette jeunesse par une autorité caduque, c’est-à-dire une autorité qui fait fi de leurs besoins éducationnels.



samedi 30 juillet 2011

Al-Mansûr le Saladin berbère oublié

Fichier:Al-Mansur Calatañazor.jpg

Abû `Âmir “al-Mansûr bi-llah” Muhammad ben `Abd Allah ou Ibn `Âmir Al-Mansûr ou Mohamet ibn Abu Adher "al-Mansûr" ou encore hajib, Ibn Abi Amir al-Mansûr (en arabe : أبو عامر "المنصور بالله" محمد بن عبد الله), né à Algésiras vers 937-938 et mort à Medinaceli en 1002, est un chef militaire et homme d'État d'al-Andalus. A-Mansûr signifie le Victorieux en arabe et est devenu Almanzor chez les chrétiens. Les très nombreuses expéditions lancées contre les chefs chrétiens lui valent même le surnom de champion du djihad. Vizir du palais du calife omeyyade de Cordoue, Hichâm II (976-1013), il obtient, à force d’intrigues, d’assassinats politiques et de nombreuses victoires à travers la péninsule Ibérique, tout pouvoir en al-Andalus de 978 à sa mort en 1002 fondant ainsi la courte dynastie amiride.

Jeunesse :


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Muhammad ibn Abî'Amir est le fils d'Abd-Allah, issu d'une riche famille yéménite de cadis et de juristes, les Banû Ma'âfir ; sa mère Borayha quand à elle est issue d'une famille berbère. Un de ses ancêtres, Abd al-Malik, avait participé en 711 à la conquête de l'Hispanie wisigothe sous les ordres de Tariq ibn Ziyad et obtenu une terre en Andalousie, près d'Algésiras dans le village de Torash. C'est sur cette même terre que naît Almanzor trois siècles plus tard.

La date de sa naissance n'est pas connue avec précision, cependant sa mort en 1002, selon Ibn Idhârî à l'âge de soixante-cinq ans, permet d'en déduire qu'il naît vers 937/938. Cette date confirme de peu les écrits d'al-Abbâr qui donnent 939/940 pour année de naissance, date d'autant plus marquante qu'elle correspond à la défaite de Simancas. L'enfance d'Almanzor est tout aussi méconnue. Son père meurt à Tripoli au cours de son pèlerinage à la Mecque. Très jeune, il quitte sa famille pour suivre des cours de magistrature à Cordoue, à l'époque un des centres d'études les plus prestigieux du monde musulman. Studieux, il y acquiert de solides connaissances juridiques sous les cours d'éminents enseignants dont certains, invités par la calife Al-Hakam proviennent même de Baghdad comme Abu Bakr ibn Mu'âwiya Al-Qurayshî, un traditionaliste reconnu. Très tôt, il fait preuve d’ambition, annonçant par exemple un soir à ses amis qu'un jour il deviendra gouverneur du pays. Chacun des présents, se prenant au jeu, lui annonce la fonction qu’il souhaiterait occuper ; une fois arrivé au pouvoir, il attribue les charges ainsi demandées.

Il débute comme écrivain public, poste qu'il occupe jusqu'en 967 où il devient aide-greffier au prétoire du cadi en chef de la capitale. Apprécié pour ses qualités, il est rapidement transféré aux ordres du vizir Al-Mushafî, un vieil homme originaire d'une famille modeste de Valence qui a gravi les échelons sous le règne d'Al-Hakam II. Cette mutation lui permet d'atteindre les hautes sphères du pouvoir.

Ascension :


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Au service d'Al-Mushafî, Al-Mansûr devient, grâce à ses compétences, son honnêteté et son éducation, administrateur des biens du fils du calife Abd al-Rahmân et de sa mère la princesse Subh, une captive vasconne qu'Al-Hakam II avait choisie pour favorite. Cette fonction marque le début de la carrière politique d'Almanzor. D'une habileté remarquable il est désigné dès septembre 967 sâhib al-sikka c'est-à-dire directeur de l'atelier monétaire de Cordoue. L'appui de la princesse Subh lui permet de gravir rapidement les échelons, le 1er décembre 968, il est promu comme sâhib al-mawârîth c'est-à-dire curateur des successions vacantes, chargé de l’administration des biens en déshérence. En octobre 969, il devient cadi de Niebla et de Séville et finalement, en juillet 970, après la mort du jeune prince Abd al-Rahmân, il reçoit de nouveau la charge de gérer la fortune du nouvel héritier, Hicham II. Cette très rapide ascension est l’objet de critiques au sein du peuple et éveille la méfiance du calife Al-Hakam II, qui continue néanmoins à lui confier différentes missions.

Ainsi, Almanzor reçoit rapidement le titre de cadi suprême (qâdi al-qudât), lui permettant d'être garant de la justice pour l'ensemble de l’oumma sunnite, et traite les affaires relatives aux testaments, aux biens de mainmorte, aux divorces, aux partages, aux successions et à l'administration des biens des orphelins. Cette lourde charge prouve la confiance que lui accorde malgré tout le calife ; ainsi, au mois de juillet 973, il est chargé de se rendre au Maghreb afin de porter des présents à plusieurs chefs berbères ralliés à la cause du calife. C’est au cours de ce voyage qu'il comprend le parti qu'il peut tirer des populations berbères et de leurs chefs qui constituent un réservoir inépuisable de combattants.

La mission au Maghreb d'Almanzor est un succès et il ne manque d'ailleurs pas d’informer régulièrement le calife de son bon déroulement et ne rentre à Cordoue qu'au mois de septembre 974 avec tous les honneurs. En moins de dix ans, Almanzor est devenu un des personnages les plus importants du régime et une personne de confiance pour le calife Al Hakam II. Toutefois il lui reste encore un obstacle, le chambellan (hâdjib), Dja'far al-Mushafî, à la tête du gouvernement, de l’armée et des services de renseignement, qui étend son autorité sur les gouverneurs provinciaux et surtout bénéficie du privilège d'être le seul vizir à pouvoir s'entretenir quotidiennement avec le calife. C'est ce titre qu’Almanzor convoite désormais.



Crise de succession :


Fichier:Salon Rico 4.jpg

Au printemps 975, Al-Hakam II vieillissant quitte Madînat al-Zahra pour rentrer à Cordoue et s’assure de nommer son fils comme successeur en invitant le 5 février 976 les notables de signer l'acte déclarant Hishâm comme son héritier et c'est à Al-Mansûr, entre autres, que revient la charge de faire parvenir à travers la péninsule et en Afrique du Nord le document qu'aucun notable n’osera refuser de peur de désobéir au calife. Al-Hakam meurt quelques mois plus tard, le 1er octobre 976, laissant un royaume divisé ; le parti des esclavons(saqâliba), issus d'esclaves européens (principalement slaves) affranchis formant une caste au sein du royaume, a acquis en quelques décennies une grande puissance du fait de leurs importantes fonctions au sein du gouvernement. Les esclavons, dont la seule ville de Cordoue compte près de 15 000 membres, s'opposent régulièrement à l'aristocratie arabe.

Ce conflit fragilise la stabilité du pays et un complot esclavon est organisé dès la mort d’Al-Hakam II. Menés par Fâ'ik al-Nizâmî, grand maître de la garde-robe et des manufactures, et Djawdhar, grand orfèvre et grand fauconnier, le groupe des eslavons souhaite placer sur le trône le frère d'Al-Hakam II, Al-Mughîra. Ce dernier présente l'avantage d'être âgé de vingt-sept ans, alors que Hishâm le successeur désigné n'avait qu'une dizaine d'années. La crainte que son très jeune âge puisse provoquer une crise dynastique est une menace que les esclavons souhaitent écarter. Mis au courant du complot, le chambellan Al-Mushafî dénonce immédiatement les meneurs et la tentative de priver le futur calife de ses droits est un échec. Un conseil est tenu afin de porter au pouvoir le jeune Hishâm tandis qu’al-Mushafî décide d’assassiner al-Mughîra et charge Al-Mansûr de la besogne. À son arrivée au palais d'Al-Mughîra, Al-Mansûr l’interroge sur ses intentions et son aspiration au pouvoir ; Al-Mughîra, comprenant le but de la visite de la visite, jure une totale obéissance au nouveau calife Hishâm. Pris de pitié, Al-Mansûr envoie immédiatement une lettre à Al-Mushâfi pour lui assurer que le frère du défunt calife ne constuitue pas une menace et que son élimination n’est pas nécessaire. En dépit de ses arguments, Al-Mansûr doit accomplir sa mission et charge ses soldats d’étrangler Al-Mughîra et de maquiller le meurtre en suicide. À son retour auprès d'Al-Mushâfi, Al-Mansûr est accueilli avec reconnaissance.

Craignant pour leurs vies, Fâ'ik et Djawdhar se rangent immédiatement à la décision d'Al-Mushafî et, le 3 octobre 976, Hishâm II est intronisé. Almanzor, au cours de la cérémonie, est chargé de lire à haute voix l’acte d'investiture durant lequel les dignitaires et juristes prêtent serment d’allégeance (bay'a) au nouveau calife. L’intronisation du nouveau calife n'est cependant pas au goût de tous, l’âge de ce dernier, impliquant une régence, et une rumeur faisant état de troubles mentaux de celui-ci accentuent la vague de réprobation née de l’assassinat d'Al-Mughîra. Ces évènements permettent à Almanzor et Al-Mushafî de s’entraider voire de s'apprécier, afin de déjouer les complots qui les visent tous les deux. Aidés par Subh, la mère du jeune calife, Almanzor et Al-Mushafî mettent tout en œuvre pour apaiser les tensions et rendre le nouveau calife populaire. Le 8 octobre 976, le nouveau calife en habit d'apparat est présenté aux habitants de Cordoue et, pour l'occasion, la taxe sur l'huile est abolie, faisant la joie du peuple. Almanzor reçoit quant à lui le titre de vizir et Al-Mushâfi accède au poste de hâdjib, l'équivalent d'un premier ministre.

Ces mesures pour accroître la popularité du jeune calife n'empêchent pas les esclavons de continuer leurs complots. Alertés qu'une révolte menée par Fâ'ik et Djawdhar couve au sein de l'Alcazar, Almanzor et al-Mushafî arrêtent les meneurs. Djawdhar présente sa démission et quitte le palais califal et Fâ'ik est déporté dans l'une des îles des Baléares où il meurt peu après. Un grand nombre des cadres esclavons de l'armée sont radiés et privés de solde, ce qui ne manque pas de réjouir la population de Cordoue qui n'apprécie guère leur insolence. Les trois personnes les plus importantes du califat sont désormais Al-Mansûr, Al-Mushafî et Ghâlib, le gouverneur de la Marche Moyenne, une région particulièrement vulnérable mais stratégique pour les campagnes en direction des royaumes de Castille et de León.

L'ascension au pouvoir :


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Le nouveau calife installé au pouvoir, Almanzor concentre désormais ses efforts sur le terrain du djihad. La maladie et la mort d'Al-Hakam II et l'avènement d'un souverain très jeune incitent les royaumes chrétiens à attaquer les régions situées entre le Tage et le Douro, voire à s'approcher dangereusement de Cordoue. Al-Mansûr conseille à Al-Mushafi de prendre rapidement des mesures sinon il risque de perdre ses privilèges. Ce dernier approuve l'idée d'une riposte mais ne trouve personne pour la diriger à part Al-Mansûr qui exige une somme exorbitante de cent mille dinars qu’Al-Mushâfi accepte d'allouer car n'ayant d'autres solutions. En février 977, Al-Mansûr regroupe les meilleurs soldats du royaume et prend le chemin de la guerre en assiègeant Al-Hamma, une forteresse située aux confins du royaume de León et de l'Estrémadure et construite par le roi Ramire II après sa victoire à la bataille de Simancas. Les importantes richesses issues de la campagne militaire et ramenées à Cordoue le 17 avril 977 par Almanzor lui valent la sympathie du peuple et de l'armée et en particulier celle de Ghâlib avec lequel il a combattu durant plusieurs années. Cette victoire constitue un sérieux revers pour les rois chrétiens qui cessent leurs attaques contre le califat. La campagne victorieuse contre Al-Hamma représente un grand succès pour Al-Mansûr et éteint toute critique au sein d’une armée plutôt défiante envers ce juriste devenu chef militaire. Dorénavant, l'armée lui était totalement dévouée.

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Plus rien n'empêche Almanzor de s’emparer du pouvoir si ce n'est Al-Mushafî lui-même et au fur et à mesure qu’augmente le prestige d'Al-Mansûr, celui d'Al-Mushâfi descend ; homme de lettres et poète, il paraît faible comparé à son protégé dont il sollicite sans cesse l’avis. De plus, ses origines modestes constituent un handicap auprès de la noblesse qui le considère comme un parvenu. C’est en particulier le cas de Ghâlib qui hait l'idée qu'une personne n'ayant jamais participé à une bataille puisse être premier ministre. L'éviction d'Al-Mushâfi est facilitée par les vives critiques à son encontre. Accusé de favoriser la nomination de membres de sa famille pour des postes importants, Al-Mushafî est en proie à la jalousie de nombreux dignitaires qui lui reprochent d'être un piètre homme d'État. Almanzor utilise cette opposition pour parvenir à ses fins et, grâce au prestige acquis par ses nombreuses victoires militaires et à son alliance avec Ghâlib, dont il épouse la fille, le projet de renverser Al-Mushafî se réalise le 26 mars 978 avec l’arrestation de ce dernier, de ses fils et de son neveu. Leurs biens sont confisqués et ils sont condamnés à de lourdes amendes. Al-Mushafi meurt assassiné en prison. Almanzor, durant tout le procès, prend un plaisir apparemment injustifié à maltraiter celui qui l’a mené en haut du pouvoir. Le coup de force d’Almanzor n'est toutefois pas du goût de tous ; très rapidement, des résistances apparaissent, ainsi que des complots remplacer le calife Hishâm II par un des petits-fils d'Abd al-Rahman III, Abel-Rahman ibn Oubeid-Allah. Almanzor réprime brutalement cette contestation en exécutant les conspirateurs.

Une fois Al-Mushafî mort, la dernière limite à l'accession au pouvoir d'Almanzor est le calife Hishâm II. Dominé par sa mère Subh, de santé fragile et atteint de troubles mentaux, Hisham II n'a qu'un rôle représentatif et c'est à Almanzor que revient la mission de défendre la religion, mener la guerre contre les infidèles, protéger les frontières ou encore de faire exécuter les jugements. Selon les travaux de Reinhard Dozy, il apparaît qu’Almanzor ne souhaite pas et surtout ne peut pas usurper le titre de calife, une idée inadmissible pour la population car les Ommeyyades, héritiers de la première dynastie musulmane, représentent le seul et unique lien unissant l’oumma. Les juristes confirment à Almanzor qu'en cas de destitution du calife, le nouveau souverain doit appartenir à la famille Quraych. Ses nombreuses victoires ne peuvent compenser le handicap constitué par l’absence de légitimité dynastique.

Dans l’impossibilité de se faire élire calife, Almanzor s'adapte à la situation. En mars 991 il abandonne le titre de hâdjib, tout en l'attribuant à son fils Abd al-Malik, et s’approprie celui de roi(malik). À partir de 992/993, il supprime le sceau du calife Hishâm II sur les écrits officiels pour n’utiliser que le sien et à partir de janvier 996, il décrete qu'on ne s'adresserait à lui qu'en employant le titre de sayyîd tout en l'interdisant pour les autres dignitaires. Il s'attribue également l’appellation souveraine de noble prince (malik karîm). Finalement, en 998, il obtient le serment qu’après la mort du calife Hishâm II, le pouvoir lui soit officiellement remis ainsi qu’à sa descendance.

Madînat Al-Zâhira


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Construite à partir de 936 par les Omeyyades d’Espagne sous le règne d’Abd al-Rahman III, Madînat Al-Zâhra est une ville nouvelle bâtie par le calife en honneur de sa favorite nommée Zahra. La construction de la ville s'inscrit dans la tradition arabo-islamique qui veut que chaque nouvelle puissance édifie sa propre résidence. Al-Mansûr ne déroge pas à la règle et, bien qu'il ne soit pas calife, il a pour projet de montrer sa puissance et de rivaliser avec la cité califale en fondant sa propre ville : Al-Madînat al-Zâhira. En la faisant construire à l'est de la capitale, alors que la première est à l'ouest, Al-Mansûr a pour objectif de montrer le changement.

Selon Al-Fath ibn Khaqan, repris par Ibn Idhari ou encore Al-Himyarî, c'est en 978-979, à peine un an après son arrivée au pouvoir, qu'Al-Mansûr entreprend la construction de Madînat Al Zahîra qui signifie la ville resplendissante. Le choix de l'emplacement est volontaire, en la plaçant à l'extérieur de la ville de Cordoue, le nouveau dirigeant souhaite s'éloigner de la population qui pourrait se révolter et donc en plus d’être un lieu d'habitation, la cité sert également de forteresse. Bien que construite dans un but défensif, la nouvelle citadelle est un joyau architectural selon les contemporains d'Al-Mansûr.

Fichier:Río Guadalquivir Cordoba.jpg

La cité est entourée par une muraille comprenant plusieurs portes et bâtie sur un terrain nivelé. À l'intérieur, dans un cadre luxueux Al-Mansûr fait construire des demeures pour lui, ses fils et les dignitaires de son entourage. On y trouve également des bureaux pour les chanceliers, des marchés, une mosquée située près de la porte de la ville, des magasins pour les dépôts d'armes et de grains. Les terrains environnants sont attribués à de hauts fonctionnaires ou transformés en jardins s'étageant en terrasses vers le Guadalquivir. Très rapidement, la cité et ses environs se développent. Selon Ibn Idhârî, la construction de la ville emploie un nombre considérable d'ouvriers, d'artistes réputés et de manœuvres, amenant une dépense importante. De la cité bâtie par Al-Mansûr, il ne reste aujourd'hui que de rares poèmes témoignant de sa splendeur : ses jardins de violettes, de jonquilles, de lis, de narcisses et de roses, les sièges en marbre, les étangs parés de nénuphars et de fontaines.

Fier de son œuvre, Al-Mansûr demande même au conseil des faqihs (shûra) la possibilité de faire de la citadelle une grande mosquée afin d'y effectuer chaque vendredi la prière en commun. Le droit islamique et la sunnah ne prévoyant pas l’existence de deux grandes mosquées au sein d'une même ville, les religieux refusent la proposition. Bien que mécontent, Al-Mansûr se conforme à l'avis des faqihs et on peut y voir dans ces évènements entre autres, la cause de l'agrandissement de la grande mosquée de Cordoue.

Al-Mansûr abrite une foule de poètes et d'artistes car il est convaincu que la poésie est le meilleur témoignage de la gloire d’un gouvernement. L’accompagnant au cours de ses expéditions, ils jouent un rôle majeur au sein du palais car ils chantent les exploits d'Al-Mansûr et des batailles qu'il mène. Triés sur le volet, leur connaissance de la langue arabe leur ouvre même les fonctions administratives.

Aussi exceptionnelle qu'ait été Madînat Al-Zâhira, sa fin n'en est que plus brutale. Le 15 janvier 1009, la cité est mise à sac par la population de Cordoue en colère qui emporte tout ce qui faisait autrefois le prestige du lieu. Les joyaux, les vêtements d'apparat, le marbre et même les portes sont enlevés afin d'effacer toute trace d'Al-Mâmun, laissant le lieu totalement à l'abandon. Le souvenir de Madînat Al-Zâhira reste malgré tout longtemps dans les mémoires et plusieurs siècles après, les chroniqueurs arabes en font encore état dans leurs écrits47. Il ne reste plus aucune trace de la citadelle à l’exception de sa mention dans les poèmes et textes témoignant de la cité perdue.

L'épreuve du pouvoir :


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Une fois le pouvoir califal entre ses mains, même s’il n’est pas lui-même calife, Al-Mansûr connaît les premières crises qu’il affronte en évoluant vers une autocratie dite « dictature amiride ». Le nouveau chef d'Al-Andalus commence par éliminer toutes les personnes qui pourraient lui nuire. Dans le même temps, il se démarque par la réalisation de grands travaux d’intérêt public et mène la guerre sainte dans toute la péninsule Ibérique.

Al-Mansûr cultive une personnalité ambiguë. Il peut faire preuve d'une brutalité inouïe et n’hésite pas à faire assassiner ceux qui n'approuvent pas sa politique. Il effectue également une purge au sein de l'élite (alors en majorité arabe) du pays qui affiche son soutien à la dynastie omeyyade. L'année 996 est celle de la rupture avec Subh, l’épouse de l'ancien calife Al-Hakam II, qui tente vainement de restaurer le pouvoir de son fils. Al-Mansûr déjoue le complot et Subh renonce définitivement à ses ambitions. En 998, Hishâm est installé à Madînat Al-Zahîra où il est définitivement privé de ses pouvoirs.

Dans le même temps, Al-Mansûr peut faire preuve d'une grande générosité, d’une bravoure qui lui vaut le surnom de champion du jihad et d’un sens aigu de la justice dont de nombreux auteurs arabes vanteront les mérites. Il est un souverain bâtisseur qui agrandit la Mosquée de Cordoue et construit le coûteux pont sur le Guadalquivir, très apprécié par la population cordouane, ainsi que d’autres sur le Genil ou à Tolède. Il prend des mesures radicales contre la criminalité à Courdoue, en augmentation sous Al-Mushâfi. Il n’hésite pas d'ailleurs à exécuter son propre fils condamné pour crime démontrant ainsi qu’avec lui il n'y a plus de privilèges. Il défend le peuple contre les Esclavons qui outrepassent leurs droits et fait appliquer les sentences de justice, comme pour un de ses hommes de confiance qui bat son épouse. Condamné par le grand cadi Ibn Zarb qui le fait jeter en prison, le mari violent espère recouvrer la liberté grâce à sa proximité avec Al-Mansûr. Celui-ci lui répond :

«  Celui dont tu te plains est le cadi et il est dans son droit ; il m’aurait appliqué la loi que je ne pourrais m’y soustraire. Retourne donc en prison et avoue tes torts, c'est ainsi que tu pourras recouvrer la liberté. »

Al-Fath ibn Khaqan écrit d'ailleurs à propos d'Al-Mansûr :

« Grâce à lui l’ordre régna dans les provinces, les routes ne laissèrent rien à désirer, tous les chemins devinrent sûrs, toutes les caravanes voyagèrent tranquilles. Il régna en Espagne plus de vingt années, sans que l’on pût rien reprocher au bonheur du pays, sans qu'aucun bruit se fît entendre de quelque acte blâmable, et le royaume enveloppé d’éclat et d’une lumière d’aurore respira d'un air irakien. »

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Al-Mansûr n’apporte guère de changements au sein de l’administration. La situation est totalement différente au sein de l’armée qui est réorganisée en profondeur, l’ambition d’Al-Mansûr étant de faire du califat la première puissance d'Europe. Craignant que les partisans arabes des omeyyades se révoltent contre celui qu’ils considèrent comme un usurpateur, mais également désireux de disposer d’un grand nombre d’hommes pour continuer à mener le jihâd, Al-Mansûr se tourne vers le Maghreb et ses tribus berbères, qu’il a eu l'occasion de rencontrer et de mesurer la valeur au combat alors qu’il était au service du calife Al-Hakam.
Il appelle tout volontaire berbère ou d'Afrique noire à le rejoindre avec la promesse de généreuses récompenses. Des dizaines de milliers de soldats venus du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne répondent immédiatement à l’appel et s’enrichissent rapidement. Devant cet afflux d’immigrants, Cordoue doit même être agrandie ainsi que sa grande mosquée qui, par ses plus de vingt-deux mille mètres carrés, est devenue la troisième mosquée du monde musulman par la taille. Un poète commente ce flux migratoire berbère :

« Au moment où ces Africains arrivent à Cordoue, leurs vêtements tombent en lambeaux mais bientôt on les voit exhiber dans les rues les plus précieuses étoffes et montant les plus beaux coursiers, tandis qu’ils habitaient des palais dont ils n’avaient jamais vu pareils, même dans leurs rêves. »

Afin de souder les troupes mais aussi d’éviter des révoltes des tribus arabes ou berbères, Al-Mansûr impose dans les unités des quotas de combattants d'origine étrangère, chrétienne et réorganise les troupes sans prendre en compte l’appartenance de chaque soldat à sa tribu d’origine. La réorganisation de l’armée n'est pas au goût de Ghâlib, son beau-père, général reconnu et royaliste convaincu, qui critique d’autant plus son comportement vis-à-vis du calife Hisham II. Le 10 juillet 981 à la bataille de San Vicente, Al-Mansûr combat Ghâlib qui meurt dans la bataille en tombant de cheval. Suite à cette victoire, il s’approprie le surnom honorifique d'Al-Mansûr qui signifie le Victorieux. Là encore, il n'ose pas le faire suivre du terme bi-llâh, réservé aux califes, montrant ainsi qu’il connaît les limites à ne pas franchir.

Aux soldats berbères s’ajoutent des mercenaires chrétiens provenant du nord de la péninsule Ibérique, attirés non seulement par les richesse offertes par Al-Mansûr, mais également par la sécurité et le sentiment de justice qui régnent alors à Cordoue. Al-Mansûr démontre envers ces mercenaires chrétiens une attention toute particulière comme avec l’instauration d’un jour de repos le dimanche ou encore une stricte égalité avec les musulmans. Ces mercenaires n’hésitent alors pas à combattre leur propre patrie.

La rupture avec Subh :



En 996, après une vingtaine d'années au pouvoir, Al-Mansûr décida qu'il était temps pour lui de prendre réellement le pouvoir en se proclamant calife afin d'installer sa propre famille au pouvoir. Cette idée lui était inconcevable auparavant, car la tradition voulait que le calife soit obligatoirement un descendant de la tribu Quraish descendants du prophète de l'islam et que le peuple finirait par se révolter. Mais les nombreuses victoires et les assassinats d'opposants ont fini par faire taire toute critique. De son côté le jeune calife Hishâm II qui a atteint depuis longtemps l'âge de régner était toujours confiné dans son palais sans possibilité de contact extérieur mis à part les personnes qu'Al-Mansûr avait autorisé. Subh, la mère d'Hishâm II qui avait longtemps été la bienfaitrice d'Al-Mansûr comprit les intentions de celui-ci. Si son ancien protégé n'est pas chassé du pouvoir, son fils resterait son prisonnier et n'accéderait jamais au trône, elle décide donc de mettre en place un complot. Dans un premier temps Subh essaye de redonner confiance à son fils en le persuadant qu'il était temps pour lui de se détacher de la tutelle d'Al-Mansûr qui après tout n'était qu'un petit noble de province. A l'extérieur du palais elle faisait courir le bruit que son fils allait bientôt sortir de son palais et enfin régner comme son père avant lui.

Hishâm obéit à sa mère et se montre de plus en plus critique envers Al-Mansûr. Subh envoie dans le même temps des lettres et de l'argent à certains chefs du Maghreb leur demandant leur soutien dans son complot. Mais Al-Mansûr est très rapidement mis au courant du complot là encore. Craignant pour son pouvoir mais aussi pour sa vie, il utilise toute sa force de persuasion pour convaincre Hishâm qu'il n'était pas encore prêt à gouverner, en prenant comme prétexte la difficulté du pouvoir, des combats et des intrigues politiques. Hishâm qui est resté très puéril à cause des nombreuses années de captivité, accepte les arguments d'Al-Mansûr en abandonnant son projet et met par écrit sa volonté de voir Al-Mansûr tenir le pouvoir, et les terres des chefs du Maghreb qui ont participé au complot tombent sous les mains du califat de Cordoue.

Djihad :


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De 977, date de son premier exploit guerrier, à sa mort, Al Mansûr plus de cinquante expéditions militaires toutes victorieuses au rythme de près de deux expéditions par an.

La formation que reçoit Al-Mansûr ne le prédestine pas à la guerre ni même à devenir stratège, juriste puis gestionnaire des biens de la princesse Subh et de ses enfants, sa carrière dans l'administration était toute tracée. Mais comme l'écrit l'auteur andalous Ibn al-Athîr, Al-Mansûr ne cesse de songer au combat et il souligne son habilité et son adresse.

Al-Mansûr se caractérisera par sa présence sur le champ de bataille, contrairement à Abd al-Rahman III qui depuis la défaite de Simancas reléguait cette tâche aux grandes familles qui gouvernaient les marches d'Al-Andalus préférant rester à l'arrière afin de diriger les combats. Durant longtemps le djihâd andalous est resté défensif, il consiste à riposter à des initiatives chrétiennes du nord sur les terres musulmanes. Sous le règne d'Al-Mansûr, le combat devient offensif, le but n'est pas de défendre les territoires acquis mais au contraire d'attaquer l'adversaire sur ses terres. Difficilement prévisibles car menaçant toute la péninsule comme le montrent les cartes et d'une dureté inédite, Al-Mansûr combattra les rois chrétiens selon le poète Ibn Darradj al-Kastalli «été comme hiver». Les expéditions victorieuses, en plus du prestige qu'elles apportent au sein de la population assurent à Al-Andalus des rentrées d'argent conséquentes et aux soldats de généreuses récompenses composées d'or, de captifs ou d'animaux.

Il est intéressant de noter que durant le règne d'Al-Mansûr, les expéditions n'ont jamais menées à une expansion territoriale. En effet, le but de celles-ci n'était pas d'étendre les terres sous contrôle musulman mais uniquement de soumettre et humilier les rois chrétiens. Les avantages de cette politique sont nombreux, ils permettent de ne pas mobiliser trop de troupes dans le maintien des nouvelles villes conquises et impose aux chefs chrétiens de payer un tribut à l’instar des souverains de León, de Castille, de Pampelune ou de Catalogne.

Utilisant habillement les valeurs guerrières des soldats berbères issus du réservoir quasi inépuisable que représentait le Maghreb, Al-Mansûr s'assurera constamment d'avoir une supériorité numérique sur ses ennemis. Il fournira à ses nouveaux soldats d'Afrique du Nord des armes, des chevaux et de fortes récompenses ce qui attire par conséquent de nombreux soldats issus de différentes tribus berbères qui se mélangent au sein de l'armée arabe.

Organisation :


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Les préparatifs pour les expéditions militaires font l'objet d'un quasi rituel et sont à chaque fois l'occasion pour le pouvoir amiride de grandes parades qui engagent des moyens considérables et permettent une démonstration de force qui impressionne le peuple. Le vendredi précédant le départ, l'armée, les chefs militaires et les vizirs se rassemblent à la Porte de la Victoire de la cité de Madinat Al-Zahîra où ils paradent, ensuite les étendards sont remis dans la grande mosquée. L'itinéraire emprunté par le cortège n’est communiqué que la veille, obligeant les gouverneurs à une organisation rapide. Le nombre de combattants lors des expéditions est difficile à évaluer mais on rapporte que lors d'une des campagnes Al-Mnasûr regroupa 46 000 cavaliers et 26 000 fantassins. Le poids de la cavalerie est donc conséquent, ce qui nécessite un nombre faramineux de chevaux issus des haras gouvernementaux de Séville ou qu'on réquisitionne dans tout Al-Andalûs. Les militaires prennent avec eux les vivres, les tentes, la literie, l'armement. Pour faciliter les mouvements, les catapultes sont stationnées à Medinaceli ce qui rend cette ville une étape incontournable à toute campagne.

Tout autant qu'il inspirait le respect et l'admiration de ses hommes, Al-Mansûr inspirait la crainte. Au cours d'une inspection de troupe il vit briller à contre-temps une épée et fît immédiatement amener le coupable afin de lui demander pour quelle raison il tira l'épée sans qu'on ne le lui demande. Celui-ci lui répondit que c'était uniquement pour la montrer à ses camarades mais la punition fût lourde car il eut la tête tranchée et présentée devant les soldats. Cette crainte qu'il inspirait à ses soldats, a permis à Al-Mansûr d'imposer une discipline de fer qui donna au califat une puissance jusque là inégalée malgré qu'en question d'armement l'équipement était identique à celui des rois chrétiens.

Premiers raids :


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Le premier succès d'Al-Mansûr date du mois de juillet 981 lorsqu'à la bataille de Torre Vicente il remporte une victoire sur son beau-père Ghâlib, le roi de Pampelune et du comte de Castille. Au retour de la bataille, il s'accorde même le nom d' Al-Mansûr (le Victorieux). A la même date, son général Abd Allâh Pierre sèche assiège Zamora qu'il capture. En 982 lors de l'expédition appelée campagne des trois nations par Al-Udhrî, Al-Mansûr triomphe à nouveau sur ses ennemis et attaque la ville de León. Il est probable que le souhait d'Al-Mansûr fut de prendre la ville mais une tempête de neige l'oblige à retourner à Cordoue au mois d'octobre.

Toujours en 982, Al-Mansûr alerté d'une alliance de rois chrétiens pour l'attaque des terres musulmanes l'oblige à reprendre le combat. Il inflige une défaite à ses adversaires à Rueda et détruit Simancas durant l'été 983. Selon les documents chrétiens rédigés quelques années plus tard à Compostelle, les musulmans qui assiègent la ville, parviennent à détruire les murailles puis s’engouffrent par l'une des portes de la citadelle et massacrent l'armée tout en capturant la population qui sera ramenée à Cordoue. En 999, Pampelune est attaquée et en 1002 c'est au tour de Rioja de subir le même sort.

Les défaites successives des rois chrétiens divisent les membres de l'alliance qui commencent à guerroyer entre eux. Très rapidement certains des anciens ennemis d'Al-Mansûr passent des accords avec celui-ci, comme ce fut le cas avec Ramire III de León, puis c'est au tour de Bermude II de León. En échange d'un tribut annuel, les rois de León obtiennent la ville de Zamora et l'aide d'une troupe musulmane dans leur lutte contre les rebelles. Cette alliance marque un tournant dans les relations avec les rois chrétiens car ces derniers reconnaissent implicitement que sans Al-Mansûr ils ne pourraient pas conserver leur trône et autorise par conséquent le maître de Cordoue à s'ingérer dans les affaires intérieures des rois catholiques. La tactique de division n'est pas nouvelle, Abd al-Rahman III mais aussi Al-Hakam II ont utilisés ces méthodes pour affaiblir les pays chrétiens. Mais Al-Mansûr n'utilisera pas uniquement la guerre pour soumettre les rois espagnols, ainsi selon le Dhikr Bilâd Al-Andalus, al-Mansûr oblige le roi Sanche II de Navarre a lui donner sa fille Abda qui se convertit à l'islam et lui donnera même un fils, Abd Al-Rahmân qu'elle appelle Sandjûl en hommage à son père Sanche (Sanchuello en espagnol). Cette alliance permet de faire les rois de Navarre qui s'ajoutent aux rois de León déjà tributaires.

Prise de Barcelone :


Au cours de l'été 985, Al-Mansûr entreprend sa 23ème campagne contre Barcelone cette fois-ci. Au mois de mai, l'armée quitte Cordoue et traverse les villes d'Elvira, de Baza, et de Murcie et avec elle une quarantaine de poètes venus mettre en chanson les exploits d'Al-Mansûr. Après un arrêt fastueux à Murcie chez un riche propriétaire arabe, Al-Mansûr reprend la route pour arriver le 1er juillet devant les murs de Barcelone. En six jours la ville est prise un massacre s'ensuit tandis que de nombreux prisonniers sont ramenés à Cordoue. Cette expédition aura un écho bien au-delà de la péninsule Ibérique, la ville ayant été conquise par les rois Carolingiens deux siècles auparavant. Le raid sur Barcelone surprend les comtes de la ville d'autant plus que depuis près d'un demi-siècle et le calife Abd al-Rahman III, la cité entretient de bonnes relations avec le gouvernement de Cordoue. Cependant, Al-Mansûr doutant des promesses catalanes fera fi des accords précédents en détruisant la cité et vengeant aux yeux du peuple Cordouan la perte de la ville en 801 sous Al-Hakam Ier. Le but de ce raid n'est pas encore une fois la conquête de la ville mais uniquement l'humiliation et l'effroi au sein des nations chrétiennes mais aussi envers ses ennemis intérieurs qui se permettraient de le critiquer. Dans ce sens, l'objectif est atteint car la prise de Barcelone marquera durablement la chrétienté et fait taire les critiques internes. Paradoxalement comme le remarquera Pierre Bonnassie, le raid et par la suite le rachat de prisonniers permettront un important essor commercial de la cité catalane et très rapidement les relations entre les deux villes redeviennent cordiales. Dès lors, Al-Mansûr abandonne cette région au profit des royaumes de Pampelune, de Castille, de León et de Galice.

Al-Mansûr le champion du djihad :


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En 986, le roi de León et le roi de Pampelune malgré les accords qu'ils avaient conclu avec Al-Mansûr décident d'expulser le contingent musulman qui commit des excès sur leurs terres. Cette décision mécontente le maître de Cordoue qui reprend la guerre contre les deux états. La même année il prend la direction de León que le roi Bermude II avait fui pour se réfugier à Zamora, très rapidement il remporte la victoire et détruit la ville qui n'a pas pu résister malgré ses hautes murailles. Peu de temps après c'est au tour de Zamora de capituler obligeant Bermude II à fuir de nouveau. Aidé par la noblesse chrétienne de Galice et de León, Al-Mansûr pille la région. Ces derniers, hostiles au roi n'avaient aucun scrupule à pactiser avec un musulman à l'instar de leur roi qui avait fait de même quelques années auparavant. En 987 il prend la route de Coïmbre qui est totalement détruite et en 989 il attaque le comte de Castille, assiège San Esteban de Gormaz et remporte Osma. En 993, Al-Mansûr épouse la fille du roi Bermude II, Teresa. L'année suivante il attaque la Castille et détruit Clunia et Avila. En 996 il attaque de nouveau le roi Bermude II et lui impose le paiement d'un tribut annuel.

Durant près vingt-cinq ans Al-Mansûr alterne entre campagne militaires et purges internes. Ses espions se trouvaient dans toutes les couches de la société et la moindre trahison aussi bien de ses sujets que celle des rois chrétiens seront sévèrement punies.

Pillage de Saint-Jacques-de-Compostelle :


Fichier:Vista de la Catedral de Santiago de Compostela.JPG



Une des plus célèbres expéditions d'Al-Mansûr eut lieu en 997, c'est celle contre Saint-Jacques-de-Compostelle. La ville située en Galice, région qu'aucune troupe musulmane n'a jamais atteinte, pas même lors de la conquête du viiie siècle, intéresse le dirigeant de Cordoue qui à ce moment guerroie au Maghreb. La situation est d'autant plus sérieuse que Bermude II souhaite profiter de l'éloignement d'Al-Mansûr pour rompre les liens de vassalité qu'il entretenait avec ce dernier. Al-Mansûr alerté, souhaite démontrer sa puissance en menant un front au Maghreb et un autre en Europe. L'attaque de la cité de Saint-Jacques-de-Compostelle, connue dans toute la chrétienté lui est alors suggérée par un noble lui-même chrétien et le 3 juillet 997 une gigantesque armée musulmane quitte Cordoue pour ce qui sera la 48ème expédition d'Al-Mansûr. En traversant Coria et Viseu l'armée est renforcée par plusieurs comtes chrétiens.

Le 10 août les forces musulmanes sont aux portes de Saint-Jacques-de-Compostelle désertée de ses habitants. Durant une semaine la ville est pillée et finalement incendiée, la basilique rasée mais la tombe de l'apôtre y reposant est conservée de même que la vie du moine en charge de sa conservation est préservée. Les portes de la cité ainsi que les cloches de l'église sont transportées à Cordoue de même qu'un nombre considérable de prisonniers. Les comptes chrétiens ayant aidés à la prise de la ville sont quant à eux généreusement récompensés.

Le saccage de la ville est considéré comme un affront à toute la chrétienté qui se répendra à travers tout l'Occident. Quand au roi Bermude, totalement dépassé par les évènements et n'ayant pas pu protéger la ville voit son pouvoir et son autorité sapés.

Décès :



En 999, malade de la goutte et âgé d'une soixantaine d'années, Al-Mansûr entreprend une campagne contre Pampelune, l'année suivante le comte de Castille s'étant rebellé subit une attaque du maître de Cordoue dans la région du cours moyen du Douro, l'issue de la bataille est incertaine, pour certains c'est une victoire d'Al-Mansûr, pour d'autres c'est sa défaite. Toutefois si c'est une victoire, elle est difficilement acquise, preuve que les armées d'Al-Mansûr sont moins fortes qu'auparavant. Après avoir pillé la région en guise de vengeance, Al-Mansûr rentre à Cordoue.

Au bout d'une carrière riche et victorieuse de près d'un quart de siècle, Al-Mansûr entreprend sa dernière expédition en direction de La Rioja qu'il remporte de nouveau avec succès. Au retour de celle-ci, Al-Mansûr, insomniaque et malade et incapable de tenir sur son cheval, il s'arrête à Medinaceli et après avoir donnés des conseils à son fils Abdel Malik et dis adieu à ses généraux il s'éteint la nuit du 27ème jour du mois de Ramadan soit le 10 ou 11 août. Selon sa volonté il est enterré dans la cour de l'alcazar de la ville. On appose sur sa pierre tombale la phrase suivante :

«  Les traces qu'il a laissées sur la terre t'apprendront son histoire, comme si tu la voyais de tes yeux. Par Allah! le temps n'en amènera jamais un semblable ni personne qui, comme lui, défende nos frontières. »

Famille et Descendance :



Al-Mansûr au cours de sa vie eût plusieurs femmes, aussi bien chrétiennes que musulmanes. La plus connue étant Asma, la fille de Ghâlib. Il eût d'elle deux fils

Abd-Allah (mort en 990)
Abd al-Malîk al-Muzaffar (mort en 1008)
Par ailleurs, il se maria avec :

Abda, fille de Sanche II de Navarre qui lui donnera son autre fils Abd al-Rahman Sandjûl (983-1009)
Teresa fille de Bermude II de León
Onneca, fille de García Ier de Castille

Héritage :


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À sa mort (1002) dans la ville de Madinat-al-Salim (aujourd'hui Medinaceli) au retour d'une expédition, ses fils Abd al-Malik et Sanchuelo lui succèdent jusqu'en 1009, quand commence la guerre civile qui aboutira à la disparition du califat en 1031. Les historiens arabes se montrent très critiques envers ses deux fils qu'ils accusent trop adonnés au vin, aux femmes et d'avoir délaissé le combat, or la situation qui mènera à la fin du califat possède des origines bien plus profondes, le règne d'Al-Mansûr n'ayant servi que de catalyseur.

Sa gestion désastreuse des finances du pays joue un rôle important dans les révoltes qui suivront. Al-Hakam II, avait de son vivant amassé de grandes richesses, près de quarante millions de dinars soit environ six ans de recettes. Al-Mansûr, par son enrôlement systématique de mercenaires, l'achat et les récompenses envers les chefs de tribus berbères ou encore la construction du palais de Madinat Al-Zâhira a engloutit ces précieuses économies et aggravé la crise qui s'ensuivrait. Plus grave, en supprimant les privilèges et en réduisant la puissance de l'ancienne noblesse arabe au profit de mercenaires berbères ou chrétiens totalement indifférents à la culture andalouse il rompt l'équilibre social qui avait prévalu durant les trois siècles précédents et qui avaient fait la gloire du califat. Enfin, alors qu'avec ses prédécesseurs les guerres entre chrétiens et musulmans ne consistaient qu'à faire de petites batailles et le reste du temps étaient cordiales, les pillages et crimes commis par Al-Mansûr envers les terres des rois catholiques au nord marqueront durablement la chrétienté et accélèrent la Reconquista. Moins d'un siècle après la mort d'Al-Mansûr en 1064, Coïmbra tombe et en 1085, Tolède, la capitale du savoir andalous est prise.

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Malgré les années de terreur qu'il infligea aux rois chrétiens, les récits sur Al-Mansûr dépasseront à peine la péninsule ibérique et le plus souvent ils sont soit faux, soit très vagues. En Espagne même les ressources sont rares et sont le plus souvent en rapport avec la destruction de Compostelle mais c'est paradoxalement à Barcelone que son souvenir est le plus vivant. Son attaque sur la ville et la non-assistance des rois carolingiens et capétiens marque la naissance de la Catalogne, au cours du Moyen Âge sa biographie fera même l'objet d'éloges rejoignant ainsi les chevaliers de l'islam dans l'imaginaire occidental tel que Saladin. Bien que les campagnes menées par Al-Mansûr aient été nommées par lui-même en tant que Jihâd, que la destruction et le pillage d'églises et de monastères était monnaie courante (essentiellement pour les richesses que ces bâtiments contiennent), Al-Mansûr n'était pas un fanatique religieux. Le récits chrétiens bien que décrivant Al-Mansûr comme le fléau des chrétiens et un allié du démon ne montrent pas pour autant une hausse de persécutions envers les musulmans. Al-Mansûr lui même a engagé de nombreux mercenaires et guerroyé avec des comtes chrétiens, le but premier de ces campagnes étant non pas une guerre contre la chrétienté mais uniquement l'acquisition de richesses, d'esclaves et l'humiliation des rois chrétiens.

En 2002, plusieurs villes comme Cordoue, Evora voir même Poitiers fêteront le millénaire de la mort du maître de Cordoue et même si les sources à son propos son rares, il fait l'objet encore de nos jours de nombreux récits, livres et poèmes.

Une question ce pose donc tous naturellement à tous les habitants du Maghreb, pour quelle raison aucune fête en l'honneur d'Al-Mansûr n'est organisé? Pourtant alors que les peuples du Maghreb honore Saladin le kurde qui reconquis les terres arabes en orient face au croisé, ils oublient leur propre Saladin berbère.
















jeudi 28 juillet 2011

Le Grand Maroc

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Le Grand Maroc est un concept développé par le gouvernement marocain dans les années 1950 et 1960. Ce dernier a publié un document pour revendiquer des territoires qui en ont fait partie historiquement : la Mauritanie, une partie du Sahara algérien et le Sahara occidental.
La Mauritanie, avant son indépendance, fut divisée entre les partisans du rattachement au Maroc et les partisans d'un État mauritanien indépendant. En 1963, une guerre éclate entre le Maroc et l'Algérie autour des territoires frontaliers, revendiqués par le Maroc et sous contrôle algérien depuis l'indépendance de l'Algérie.
Le Maroc revendique le Sahara espagnol (Sahara occidental) jusqu'en 1975, date à laquelle il en prend le contrôle.
La thèse voit le jour en 1955 durant le mandat d'Allal El Fassi qui était un opposant au monarque marocain et qui était président du parti de l'Istiqlal. Horma Ouled Babana, cadre du parti de l'Istiqlal et ancien député de la Mauritanie, déclara que la limite méridionale du Maroc se trouvait à Saint-Louis au Sénégal et que le Maroc actuel ne représentait qu'un cinquième de ce qui serait le grand Maroc.
La thèse en question correspond à une politique irrédentiste défendue depuis l'indépendance par certaines personnalités et certains milieux nationalistes. Il repose sur l'idée que le Maroc doit légitimement recouvrir l'ensemble des territoires qui lui ont été amputés à la veille et durant le protectorat. Les limites territoriales de ce Grand Maroc sont variables. Elles incluent généralement l'intégralité de la Mauritanie, le quart occidental du Sahara algérien ainsi qu'une partie du Mali.
Aujourd'hui la grande majorité des défenseurs de cette thèse sont regroupés au sein de l'Istiqlal. Pour autant, la majorité des Istiqlalis a depuis quelques décennies déjà abandonné le rêve de reconstituer le Grand Maroc, et ce afin de mieux se focaliser sur le développement économique du Maroc et surtout de régler le conflit latent au Sahara occidental que le Maroc considère comme faisant partie intégrante de ses Provinces du Sud.


Socle historique


Avant-propos


Le Maroc a été, et ce au moins jusqu'au Traité de Fès, une nation essentiellement tribale. Le Makhzen devait asseoir son autorité en multipliant les allégeances avec les tribus berbères, mais aussi bédouines. Le mode de conquête territoriale classique tel qu'on a pu le connaître dans l'Europe moderne n'a pu exister que dans les plaines fertiles (Haouz, Saïss, Gharb, Chaouia-Ouardigha, Doukkala-Abda,Souss, Tadla), dans les Villes Impériales et les cités caravanières. Aujourd'hui encore on retrouve des vestiges de cette constante juxtaposition et imbrication entre pouvoir royal et ordre tribal lors de la Fête du Trône durant laquelle certains représentants des principales tribus peuvent parfois faire mine de prêter serment à la personne du Roi (Bey'a). Ce fonctionnement engendre ipso facto une précarité de la construction nationale en ce sens que les frontières se font et se défont au gré des allégeances et des trahisons des tribus, des zaouïas et des cités.


Genèse de l’État marocain et premières dynasties

Le Maroc, en tant qu'entité politique définie, date de 789 et de la fondation de la dynastie idrisside par Idris Ier ou plus exactement de 791 et de la proclamation formelle de la monarchie marocaine. Dans les années 820, le Maroc débordait déjà de ses frontières actuelles puisqu'il avait pour frontière orientale l'Oued Mina, affluent du Chelif, à l'est de la ville moderne d'Oran et s'étendait au sud jusqu'au nord du Banc d'Arguin. Puis le Maroc sombre dans l'anarchie et se disloque. Cette configuration politique avec une affirmation exacerbée de l'ordre tribal sera récurrente dans l'histoire marocaine. La dynastie almoravide quant à elle a la particularité d'être née en dehors des frontières actuelles du Maroc puisque son berceau historique se trouve sur l'île de Tidra au large de la Mauritanie. Ayant pour capitale Marrakech, la dynastie englobera toute la Mauritanie actuelle, le nord du Mali (Taoudeni et Taghaza), le Maroc, l'ouest algérien jusqu'aux environs de l'oued Kramis ainsi que l'Andalousie. Une fois encore, le Maroc s'étend donc largement au-delà de ses frontières actuelles, et ce durant au moins 70 ans. S'ensuivent ensuite 120 années de suprématie almohade durant lesquelles là encore le Maroc s'étendra au-delà de ses frontières actuelles, privilégiant une extension le long de la façade méditerranéenne du Maghreb jusqu'à Tripoli que vers le Sahel. Les Mérinides connaîtront des hauts et des bas mais s'efforceront dans leur obsession tlemcennienne d'étendre leur influence dans l'arrière-pays steppique algérien. Ainsi s'assureront-ils l'allégeance du M'zab et des oasis du Touat et de Gourara. Ils ne perceront en revanche que brièvement vers l'est, atteignant tout de même brièvement Kairouan. Au sud, leur influence s’étendra jusqu'entre Lâayoune et Boujdour (avec une certaine stabilité).


« Moyen Âge », construction du Maroc moderne et période préprotectorale

Après la domination mérinide, le Maroc sombre dans un profond chaos durant laquelle se multiplient les royaumes éphémères et les alliances sans lendemain. Le Maroc demeurera dans cet état de délabrement durant 140 ans. L'anarchie profitera aux Castillans puis aux Espagnols et surtout aux Portugais. L'influence des chrétiens se limite en général à des comptoirs. Le xvie siècle voit l'émergence durable d'une nouvelle dynastie, celle des Saadiens. Après avoir écrasé les Portugais lors de la bataille des Trois Rois et contenu l'expansionnisme ottoman au-delà de la Moulouya, les Saadiens iront détruire l'Empire songhaï en 1591. L'Empire chérifien comprend alors le Maroc actuel, la Mauritanie, une partie du Mali (Taoudeni, Taghaza, Tombouctou et Gao) ainsi que l'ouest du Sahara algérien (région de Tindouf), Touat, Gourara). Les querelles dynastiques feront varier les frontières mais toujours est-il que l'influence des sultans marocains sera durable sur Tombouctou. La fin de la dynastie saadienne et les débuts de la dynastie alaouite occasionnent un reflux de l'influence des sultans marocains mais le volontarisme de Moulay Ismaïl engendrera une extension vers le Brakna et la confédération Trarza. Chinguetti, le Touat, Taghaza, Semara, Taoudeni et la région de Tindouf sont de nouveau sous la coupe directe des Marocains.

Le Roi Mohammed V, icône nationaliste et fervent défenseur de l'idée d'un Grand Maroc
Au xixe siècle, les Français s'introduisent progressivement au cœur du territoire mauritanien, d'abord dans la perspective de pacifier la vallée du Sénégal puis dans le cadre d'une extension coloniale assumée. Le 18 mars 1845, le Traité de Lalla Maghnia est signé entre la France maîtresse de ce qu'il convient d'appeler désormais l'Algérie, et l'Empire Chérifien. À noter que ce traité intervient moins d'un an après la déconvenue subie par le Maroc à Isly. Ce traité fixe les frontières entre les deux entités politiques. Celles-ci reprennent volontairement les frontières existaient l'Empire ottoman, désigné au sein du traité sous le nom de "Turquie", et ce afin de minimiser le risque de litige. Les frontières ne sont fixées qu'au nord des ksours de Figuig. L'absence de frontière au sud de Figuig est exprimée comme suit :Quant au pays qui est au sud des kessours des deux gouvernements, comme il n'y a pas d'eau, qu'il est inhabitable et que c'est le désert proprement dit, la délimitation en serait superflue.(Art. 6). Le sort des oasis du Touat, de Gourara et de Tidikelt est laissé en suspens. Ces trois oasis et le campement de Tindouf fondé dans les années 1850 par la tribu Tajakant sont capturés par les Français en 1901. En 1884, l'Espagne officialise le protectorat de Rio de Oro. En 1900, le Traité de Paris fixe les frontières entre la Mauritanie française et le Rio de Oro. En 1912, le Traité de Fès établit le protectorat français sur le Maroc. La même année les frontières sont fixées entre les possessions espagnoles au Maroc et celles de la France.


La thèse du Grand Maroc

La thèse du Grand Maroc prend peu à peu forme au sein des milieux indépendantistes marocains durant la seconde moitié du protectorat. Les réactions épidermiques au dahir berbère fédèrent les aspirations à l'unité nationale en ce sens que la quasi-totalité des dignitaires arabes et berbères s'indignent des tentatives de discrimination ethnique menées par l'occupant. L'ancrage africain de l'identité marocaine est quant à lui affirmé en 1948 par Allal El Fassi, emblème sinon initiateur de la théorie du Grand Maroc (il évoque alors la marocanité de Chinguetti). En cela il a sans doute été marqué par son exil au Gabon. Entre temps le Manifeste du 11 janvier a été signé par 66 figures de la Résistance, augurant des purges au sein du parti de l'Istiqlal et des pressions de plus en plus nombreuses sur le Sultan.


Bernard Lugan

L'historien Bernard Lugan voit que le général Charles de Gaulle a donné plus davantage à l'Algérie au détriment du Maroc, selon lui une partie du Sahara algérien appartient au Maroc.

Plus d'information : http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Maroc





Aux racines de l’antagonisme entre Alger et Rabat: la Guerre des Sables

maroc7


Les relations entre l’Algérie et le Maroc n’ont jamais été au beau fixe, loin de là. La
rivalité entre les deux pays est à la fois territoriale et idéologique. Dans les années qui
ont suivi l’indépendance de l’Algérie, le régime «progressiste » du FLN incarnait,
tout particulièrement après la prise de pouvoir par Houari Boumediène, le modèle
d’une décolonisation « de gauche » qui voyait la revendication nationale se doubler
d’une guerre révolutionnaire.
Pour l’Algérie socialisante, proche de l’URSS mais aussi en pointe dans le mouvement
des Etats dits « non alignés », le Maroc était un modèle à combattre : celui d’un pays
allié à l’Occident et représentant une tête de pont du monde libre au nord du
continent africain. A Alger, on entendait souvent dire, jusqu’en 1978, que la
« Révolution » échouerait si elle s’arrêtait à la frontière occidentale. Ce n’était
d’ailleurs pas nouveau, l’élite révolutionnaire algérienne avait toujours estimé qu’elle
était dépositaire d’un projet d’indépendance et de développement pour l’ensemble du
Maghreb et l’ancêtre du FLN, l’Etoile nord-africaine de Messali Hadj,
souhaitait la création d’un grand Etat maghrébin incluant la Tunisie et le Maroc.
Du reste, lorsque les protectorats avaient été balayés, en Tunisie et au Maroc, ces
deux pays avaient servi de base arrière aux combattants de l’ALN.
En conséquence de quoi, Alger soutenait avec constance la gauche marocaine qui
cherchait, dans les années soixante, à renverser la monarchie. Ainsi, le dirigeant de
l’Union nationale des Forces populaires (UNFP) Mehdi Ben Barka s’installa-t-il à
Alger. De son côté, le Maroc allait plus tard accueillir des opposants au colonel
Boumediène et, au premier chef,Mohammed Boudiaf.
A deux reprises, cette véritable guerre froide du Maghreb s’est transformée en guerre
ouverte. La deuxième fois qu’Algériens et Marocains s’affronteront directement sera
la bataille d’Amgala en 1976, en pleine « Guerre du Sahara ». Le premier
affrontement ouvert remontait à 1963.
En octobre 1963, un bref conflit armé oppose les armées marocaine et algérienne,
c’est la Guerre des Sables. En cause, les territoires du Sahara, autour de Tindouf,
que la France avait annexés à sa colonie algérienne. Après la bataille d’Isly en maiaoût
1844, la révision des frontières qui avait suivi la défaite marocaine, avec le traité
de Lalla Maghnia, le 18 mars 1845, donnait à l’Algérie Tindouf, le Touat, la Saoura et
Tidikelt. L’Algérie, dans les années soixante, défendait âprement le principe de
« l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation». Mais il n’en avait pas
toujours été de même.
Le Maroc et la Tunisie avaient promis, face au GPRA (Gouvernement provisoire de la
République algérienne), le 6 juillet 1961, qu’ils ne soulèveraient aucune question territoriale avant l’indépendance et le GPRA avait admis, de son côté, que les
frontières coloniales n’étaient pas opposables à ses voisins. Une convention bilatérale
entre le Maroc et le GPRA affirmait d’ailleurs que «les accords qui pouvaient
intervenir à la suite de négociations franco-algériennes ne sauraient être
opposables au Maroc quant aux délimitations territoriales algéro-marocaines…»
En mars 1963, Ahmed Ben Bella confirmait cette convention à l’occasion d’une
visite de Hassan II à Alger. Dans ses mémoires, Hassan II écrit que Ben Bella lui a
déclaré : « Je demande à votre majesté de me laisser le temps de mettre en place en
Algérie les nouvelles institutions. Lorsque, en septembre ou octobre, cela sera fait,
alors nous ouvrirons ensemble le dossier des frontières. Il va sans dire que l’Algérie
indépendante ne saurait être l’héritière de la France en ce qui concerne les frontières
algériennes 147 ».
Une fois au pouvoir, Ben Bella reviendra sur cet engagement et de nombreux
Marocains seront expulsés d’Algérie. Pourtant, le coeur des populations penchait
bien, semble-t-il, vers le Maroc. Dans une note de juin 1962, « le Colonel Chevalier
Chantepie, chef du centre d’exploitation des renseignements, écrit à propos de
Tindouf que les populations Reguibat et Tadjakant de ce centre ont déjà fait leur
choix qui est « incontestablement marocain 148 ». Au début du mois de septembre, la
presse algérienne s’en prend violement à Hassan II qualifié de «pantin ». Le 8
octobre, c’est Alger qui déclenche les hostilités : l’Armée nationale populaire attaque
les Forces armées royales à Hassi Beida. Les combats cesseront le 4 novembre.
Ignace Dalle, qui a longtemps travaillé au Maghreb comme journaliste, estime : « Ce
qui est certain, c’est que, dans ce dossier complexe, la qualité des arguments
marocains et le comportement « fraternel » de Mohammed V pendant la guerre
d’Algérie - même s’il était peu concevable qu’il en fut autrement –méritaient un
traitement plus convenable, moins cavalier et provocateur de la part de
l’Algérie 149 ».
La Guerre des Sables, quoiqu’il en soit, est gagnée par Rabat, même si le Maroc ne
récupérera jamais les territoires perdus, et le traité d’Ifrane de «Fraternité, bon
voisinage et coopération » signé le 15 janvier 1969, est sensé clore définitivement le
chapitre.
147 Hassan II, Le défi, AlbinMichel, Paris, 1976, page 91.
148 Ignace Dalle, Les trois Rois, la monarchie marocaine de l’indépendance à nos jours, Paris,
Fayard, 2004, page 297.
149 Ignace Dalle, page 303.

samedi 23 juillet 2011

La Bataille des Trois Rois

Fichier:Lagos46 kopie.jpg


La bataille des Trois Rois eut lieu le lundi 4 août 1578 sur les rives de l'oued Makhazen près de la ville de Ksar el-Kébir dans le nord du Maroc, entre d'une part les armées musulmanes du sultan marocain Abu Marwan Abd al-Malik, comprenant des cavaliers marocains, des artilleurs turcs et des arquebusiers andalous (castillans) et, d'autre part, l'armée « chrétienne » commandée par Sébastien Ier, roi du Portugal et des Algarves, incluant l'Algarve d'Outre-mer, c'est-à-dire le Maroc Portugais, et celle de Moulay Mohammed, le sultan du Maroc déposé par Abu Marwan Abd al-Malik, et comprenant également des mercenaires italiens, allemands et flamands.
Le roi de Portugal avait été appelé à intervenir dans la guerre civile marocaine : il était venu au secours de son allié, le sultan Moulay Mohammed, detrôné en 1576 par Abu Marwan Abd al-Malik, soutenu par les Turcs. Ces derniers, ennemis des Portugais en Orient depuis 1498, ouvrirent ainsi un deuxième front entre l'Empire ottoman et l'Empire Portugais.
Cette bataille se solda par une victoire nette du sultan Abu Marwan Abd al-Malik et du parti turc, mais ces trois rois y trouvèrent la mort.
Elle est aussi connue en tant que « bataille de l'Alcazar Kébir », orthographiée de différentes façons : « bataille d'Alcácer-Quibir » (en portugais), « bataille de l'Alcácer Quibir » (en français), et « bataille d’Alcazarquivir » (en langue castillane).


Contexte :

La lutte contre l'expansion turque et la guerre de course de leurs alliés barbaresques en Mediterranée avait déjà donné lieu à plusieurs actions militaires de Charles Quint et Philippe II, avec l'aide navale décisive espagnole et vénitienne, notamment à la bataille de Lépante.
Pourtant, à l'entrevue diplomatique de Guadaloupe, en Castille, entre Dom Sebastião et son oncle, Philippe II, celui-ci lui refusa son aide militaire pour une nouvelle intervention contre la Turquie et ses alliés, cette fois-ci au Maroc.
Les États portugais, tout au long de la deuxième partie du XVIe siècle, n'ont pas cessé de demander au roi de passer en Afrique pour terminer la conquête de l'Algarve d'Outremer, et sécuriser ainsi la navigation des navires revenant de l'Inde portugaise, en confinant les corsaires et la navigation turque en Méditerranée. En effet, la conquête progressive du Maroc depuis 1415 était considérée comme la deuxième partie de la Reconquête, terminée en 1249 avec la conquête de Faro.


Préparatifs :

Fichier:Maroc Alcacer Quibir (El- Ksar), les rives de l'oued Loukkes.jpg

Refusant les conseils de son oncle de ne pas partir en guerre, en 1578 le roi Sébastien Ier, âgé de vingt-quatre ans, rassemble dans le port de Lagos, la plus grande baie portugaise, capable de rassembler toute la flotte portugaise en eaux profondes, une armée chrétienne forte de seize mille hommes capable de conquérir le Maroc, de remettre son allié sur le trône, et de fermer ce pays et le détroit de Gibraltar, qu'il contrôlait déjà avec Ceuta, et ainsi stopper l'expansion militaire continentale vers l'Atlantique de l'Empire ottoman. L'armée portugaise comptait aussi de nombreux mercenaires allemands, italiens et castillans.

El Kasr El-Kébir, rives du Loukos (ou Loukkes)
À Tanger, l'attend Akil qui, chassé du trône marocain par son oncle, espère le regagner grâce au soutien des Portugais. Les Portugais avaient conquis depuis 1415 toutes les places fortes côtières atlantiques et leur arrière-pays : Ceuta, Tanger, Mazagan, Asilah, Álcácer-Ceguer, etc. Partis de Lisbonne le 24 juin, ils s'arrêtent à Tanger, où le roi et le sultan déposé se rencontrent. Sébastien choisit ensuite de faire faire à l'armée le parcours par terre, ce qui épuise ses troupes.
L'armée portugaise commet ensuite l'erreur tactique de s'enfoncer dans l'intérieur marocain, loin du soutien de sa flotte, à la rencontre de son adversaire, Abu Marwan Abd al-Malik. Encombrée par un lourd convoi de charrettes, l'armée portugaise se dirige d'Asilah ou Arzila 1 (ville récemment à nouveau dévolue au Portugal par le sultan détrôné en payement de son aide pour récupérer le trône), vers la ville intérieure marocaine de Larache, commençant l'invasion du sultanat du Maroc, qui occupe à ce moment-là juste la partie intérieure du pays, sans accès à la mer.
Le 3 août 1578, l'armée portugaise campe sur les bords de l'oued Mekhazen, avec la rivière dans le dos et sa droite bloquée par un autre cours d'eau, l'oued Loukos. L'infanterie chrétienne est disposée en carré, avec de chaque côté une ligne de charrettes pour protéger ses flancs, l'artillerie en avant des fantassins et la cavalerie aux deux ailes.
À l'imitation de Dom Sébastien, les Marocains avaient placé leur artillerie sur le front des fantassins et les cavaliers aux ailes.


Déroulement :

La bataille s'engagea le 4 août 1578 au matin. La cavalerie portugaise, le roi à sa tête, commence par enfoncer le centre marocain au cours d’une charge furieuse, et y provoque un début de panique. Mais handicapée par des effectifs trop faibles, elle ne tarde pas à faiblir sous le nombre de ses adversaires. Les Marocains prennent alors l'offensive et le combat devient si violent que l'air fut obscurci par la poussière des chevaux et la fumée des canons.
Abd-el Malek, malade, meurt dans sa litière dès le début du combat. Son chambellan, Redouan, dissimule sa mort et crie aux soldats : Le sultan vous ordonne de marcher contre les Infidèles. D'autre part, Dom Sebastião veut combattre personnellement, et charge en tête de la cavalerie portugaise, qui perd très vite son chef et son commandement, restant désorganisée et confuse. En plus, la multiplicité des langues présentes dans l'armée rendent difficiles les ordres de commandement, dispersés dans la confusion du pêle-mêle.
Moulay Ahmed, très malade, prend alors le commandement, mais son ennemi, attaquant l'arrière de l'armée chrétienne, parvient à s'emparer de son artillerie. Le roi Sébastien avait en effet le commandement en chef, et n'ayant désigné personne pour commander en arrière en dehors de lui, la confusion fut énorme. Accablés, désorganisés, les Portugais sont mis en déroute.
Après avoir un moment cru en la victoire, les 16 000 Portugais sont donc mis en déroute par les 60 000 Marocains.
El-Moutaouakel se noie en voulant traverser l'oued et ses soldats sont presque tous massacrés ou faits prisonniers.


Conséquences :

Disputée entre le monarque et le saint, la mémoire de la bataille des Trois Rois suscite en terre marocaine une pluralité de récits : historiques, hagiographiques, folkloriques. Mais elle ne fait l'objet d'aucune célébration. Seules les communautés juives établies dans le nord du pays et habitées par le ressentiment contre ceux qui les ont expulsées de la Péninsule ibérique fêtent la défaite du roi Sébastien lors du Pûrim de los cristianos, le premier eloul de chaque année. Le texte biblique est mobilisé pour donner la signification de l'événement : la dévastation de la communauté juive de Marrakech par Muhammad al-Mutawakkil est identifiée à la destruction du Temple, le roi Sébastien au Haman du Livre d'Esther qui a décidé l'extermination de tous les juifs 2, sa défaite et l'exécution de ce dernier. Comme Pûrim célèbre l'éloignement de la menace de destruction qui pesait sur Mardochée et les siens, le nouveau pûrim, institué par les rabbins après la bataille de 1578 (5338 dans le calendrier juif), rend grâce à Dieu d'avoir détourné un péril mortel.
Au Portugal, les lendemains de la défaite sont ceux du refus de mémoire. C'est en 1607 3qu'est publiée la première relation en portugais de la bataille qui jusqu'alors n'avait fait l'objet que de textes manuscrits, accusant le roi de légèreté et d'imprudence. Malgré les inhumations réitérées de Sébastien (à Ksar el-Kébir au lendemain de la bataille, à Ceuta, dans l'église des Trinitaires, en décembre 1578, à Belem, dans le couvent des Hiéronymites en novembre 1582), la croyance s'installe que le roi n'a point été tué sur le champ de bataille et qu'il fera retour, restaurant la grandeur du Portugal. Après d'autres, Lucette Valensi s'attache à comprendre le mystère du sébastianisme, ce messianisme puissant et durable qui convertit en mythe central de l'identité nationale le souvenir d'un roi vaincu.
Elle en montre les raisons : l'incertitude sur le sort du roi au soir de la défaite, l'opposition au roi de Castille qui, en 1580, s'est emparé militairement de la couronne du Portugal en empêchant les États portugais de proclamer un héritier(e), l'impossibilité du travail du deuil pour ceux restés en terre africaine.
Le retour attendu, prophétisé du roi, donne force à l'espérance : ceux que l'on dit morts ne le sont peut-être pas, et le royaume ne saurait demeurer longtemps entre des mains étrangères. Elle en marque, aussi, les récurrences : au Portugal où les faux Sébastien se multiplient jusqu'au début du xviie siècle et où la croyance prophétique resurgit dans chaque moment de crise (par exemple dans les années qui précèdent 1640 et le retour à l'indépendance ou lors de l'occupation des troupes napoléoniennes), mais aussi au Brésil où le mythe prend au xixe siècle la dimension d'une protestation sociale et d'une promesse eschatologique.
À noter de plus qu'après la bataille, peu à peu, de nombreux nobles portugais reviennent chez eux, un à un, après le paiement de fortes rançons, qui épuisent le royaume, mais laissent ouverte la porte à l'espoir qu'une rançon sera encore demandée pour le roi, que personne n'ose dire avoir vu mourir. Dom Sebastião, le "Désiré", épithète qu'on lui avait donné dès avant sa naissance, restera le « Désiré » bien après sa mort : la preuve en est que Jean IV de Portugal dut faire promesse solennelle de restituer le trône à Sébastien, en 1640, s'il revenait.
Luís Vaz de Camões écrira dans une lettre à D. Francisco de Almeida, parlant du désastre d'Alcacer Quibir, de la ruine subséquente de la Couronne portugaise, de la menace de Philipe II de Castille sur le Portugal : Enfin, je finirai de vivre et tous verront que j'ai tant aimé ma patrie que je ne me suis pas contenté de mourir chez elle, mais avec elle.




jeudi 21 juillet 2011

"C'est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays"




Le discours de Barack Obama au Caire (texte et vidéo)

Le président américain a prononcé un discours à l'adresse des musulmans lors d'une visite au Caire le 4 juin 2009. En voici la vidéo en traduction simultanée (avec Public Sénat) et le texte intégral en français (traduction de la Maison Blanche).
Cliquez ici pour la vidéo (avec Public Sénat)

Je vous remercie. Bonjour à tous. C'est pour moi un honneur de me trouver dans cette ville intemporelle qu'est le Caire et d'être reçu par deux institutions remarquables. Depuis plus de mille ans, Al-Azhar est un haut lieu de transmission du savoir dans le monde musulman et, depuis plus d'un siècle, l'université du Caire est une source de progrès pour l'Égypte. Ensemble, vous représentez l'harmonie entre la tradition et le progrès. Je vous suis reconnaissant de votre hospitalité et de celle du peuple égyptien.

Je suis fier aussi de vous transmettre la bonne volonté du peuple américain et une salutation de paix de la part des communautés musulmanes de mon pays : " Salamm aleïkoum ". (Applaudissements)

Notre rencontre survient à un moment de grande tension entre les États-Unis et les musulmans du monde entier - tension ancrée dans des forces historiques qui dépassent le cadre des débats actuels de politique générale.

Les relations entre l'islam et l'Occident se caractérisent par des siècles de co-existence et de coopération, mais aussi par des conflits et des guerres de religion. Dans un passé relativement plus récent, les tensions ont été nourries par le colonialisme qui a privé beaucoup de musulmans de droits et de chances de réussir, ainsi que par une guerre froide qui s'est trop souvent déroulée par acteurs interposés, dans des pays à majorité musulmane et au mépris de leurs propres aspirations. En outre, les mutations de grande envergure qui sont nées de la modernité et de la mondialisation ont poussé beaucoup de musulmans à voir dans l'Occident un élément hostile aux traditions de l'islam.

Des extrémistes violents ont exploité ces tensions auprès d'une minorité de musulmans, qui pour être réduite n'en est pas moins puissante. Les attentats du 11 septembre 2001, conjugués à la poursuite des actions violentes engagées par ces extrémistes contre des civils, ont amené certains dans mon pays à juger l'islam inévitablement hostile non seulement à l'Amérique et aux pays occidentaux, mais aussi aux droits de l'homme. La peur et la méfiance se sont ainsi accentuées.

Tant que notre relation restera définie par nos différences, nous donnerons du pouvoir à ceux qui sèment la haine et non la paix et qui encouragent le conflit au lieu de la coopération qui peut aider nos deux peuples à connaître la justice et la prospérité. C'est ce cycle de la méfiance et de la discorde qui doit être brisé.

Je suis venu ici au Caire en quête d'un nouveau départ pour les États-Unis et les musulmans du monde entier, un départ fondé sur l'intérêt mutuel et le respect mutuel, et reposant sur la proposition vraie que l'Amérique et l'islam ne s'excluent pas et qu'ils n'ont pas lieu de se faire concurrence. Bien au contraire, l'Amérique et l'islam se recoupent et se nourrissent de principes communs, à savoir la justice et le progrès, la tolérance et la dignité de chaque être humain.

Ce faisant, je reconnais que le changement ne se produira pas du jour au lendemain. Il y a eu beaucoup de publicité à propos de mon discours, mais aucun discours ne peut éradiquer des années de méfiance, et dans l'espace de cet après-midi, je n'ai pas la réponse non plus aux questions complexes qui nous ont menés au point où nous sommes maintenant. Mais je suis convaincu que pour aller de l'avant, nous devons dire ouvertement entre nous ce que nous recelons dans notre coeur et que trop souvent nous n'exprimons qu'à huis clos. Nous devons consentir un effort soutenu afin de nous mettre à l'écoute et d'apprendre les uns des autres ; de nous respecter mutuellement et de rechercher un terrain d'entente. Comme le dit le Saint Coran, " Crains Dieu et dis toujours la vérité ". (Applaudissements) C'est ce que je vais essayer de faire aujourd'hui - de dire la vérité de mon mieux, rendu humble par la tâche qui nous attend et ferme dans ma conviction que les intérêts que nous partageons parce que nous sommes des êtres humains sont beaucoup plus puissants que les forces qui nous séparent.

Cette conviction s'enracine en partie dans mon vécu. Je suis chrétien, mais mon père était issu d'une famille kényane qui compte des générations de musulmans. Enfant, j'ai passé plusieurs années en Indonésie où j'ai entendu l'appel à la prière (azan) à l'aube et au crépuscule. Jeune homme, j'ai travaillé dans des quartiers de Chicago où j'ai côtoyé beaucoup de gens qui trouvaient la dignité et la paix dans leur foi musulmane.

Féru d'histoire, je sais aussi la dette que la civilisation doit à l'islam. C'est l'islam - dans des lieux tels qu'Al-Azhar -, qui a brandi le flambeau du savoir pendant de nombreux siècles et ouvert la voie à la Renaissance et au Siècle des Lumières en Europe. C'est de l'innovation au sein des communautés musulmanes (Applaudissements) - c'est de l'innovation au sein des communautés musulmanes que nous viennent l'algèbre, le compas et les outils de navigation, notre maîtrise de l'écriture et de l'imprimerie, notre compréhension des mécanismes de propagation des maladies et des moyens de les guérir. La culture islamique nous a donné la majesté des arcs et l'élan des flèches de pierre vers le ciel, l'immortalité de la poésie et l'inspiration de la musique, l'élégance de la calligraphie et la sérénité des lieux de contemplation. Et tout au long de l'histoire, l'islam a donné la preuve, en mots et en actes, des possibilités de la tolérance religieuse et de l'égalité raciale. (Applaudissements)

Je sais aussi que l'islam a de tout temps fait partie de l'histoire de l'Amérique. C'est le Maroc qui fut le premier pays à reconnaître mon pays. En signant le traité de Tripoli en 1796, notre deuxième président, John Adams, nota ceci : " Les États-Unis n'ont aucun caractère hostile aux lois, à la religion ou la tranquillité des musulmans. "

Depuis notre fondation, les musulmans américains enrichissent les États-Unis. Ils ont combattu dans nos guerres, servi le gouvernement, pris la défense des droits civils, créé des entreprises, enseigné dans nos universités, brillé dans le domaine des sports, remporté des prix Nobel, construit notre plus haut immeuble et allumé le flambeau olympique. Et, récemment, le premier Américain musulman qui a été élu au Congrès a fait le serment de défendre notre Constitution sur le Coran que l'un de nos Pères fondateurs, Thomas Jefferson, conservait dans sa bibliothèque personnelle. (Applaudissements)

J'ai donc connu l'islam sur trois continents avant de venir dans la région où il a été révélé pour la première fois. Cette expérience guide ma conviction que le partenariat entre l'Amérique et l'islam doit se fonder sur ce qu'est l'islam, et non sur ce qu'il n'est pas, et j'estime qu'il est de mon devoir de président des États-Unis de combattre les stéréotypes négatifs de l'islam où qu'ils se manifestent. (Applaudissements)

Or ce même principe doit s'appliquer à la façon dont l'Amérique est perçue par les musulmans. Tout comme les musulmans ne se résument pas à un stéréotype grossier, l'Amérique n'est pas le stéréotype grossier d'un empire qui n'a d'autre intérêt que le sien. Les États-Unis représentent l'une des plus grandes sources de progrès que le monde ait connues. Nous sommes nés d'une révolution contre un empire ; nous sommes fondés sur l'idéal de l'égalité de tous et nous avons versé de notre sang et combattu pendant des siècles pour donner un sens à ces mots - sur notre territoire et à travers le monde. Nous sommes façonnés par chaque culture, issus des quatre coins du monde et acquis à un concept simple : E pluribus unum: " De plusieurs peuples, un seul ".

Eh bien, qu'un Américain d'origine africaine et ayant pour nom Barack Hussein Obama ait pu être élu président a fait couler beaucoup d'encre. (Applaudissements)

Mais mon parcours n'est pas unique. Le rêve des chances de réussir ne s'est pas concrétisé pour tous en Amérique, mais cette promesse demeure pour tous ceux qui débarquent sur nos rivages - y compris les près de sept millions de musulmans américains qui vivent aujourd'hui dans notre pays et dont le revenu et le niveau d'éducation, disons-le, sont supérieurs à la moyenne. (Applaudissements)

En outre, la liberté en Amérique est indissociable de celle de pratiquer sa religion. C'est pour cette raison que chaque État de notre union compte au moins une mosquée et qu'on en dénombre plus de mille deux cents sur notre territoire. C'est pour cette raison que le gouvernement des États-Unis a recours aux tribunaux pour protéger le droit des femmes et des filles à porter le hijab et pour punir ceux qui leur contesteraient ce droit. (Applaudissements)

Le doute n'est pas permis : l'islam fait bel et bien partie de l'Amérique. Et je suis convaincu que l'Amérique contient en elle la proposition vraie qu'indépendamment de notre race, de notre religion ou de notre condition sociale nous aspirons tous à la même chose - vivre dans la paix et la sécurité ; faire des études et travailler dans la dignité ;

aimer notre famille, notre communauté et notre Dieu. C'est cela que nous avons en commun. C'est l'espoir de l'humanité tout entière.

Certes, notre tâche commence seulement quand nous avons pris conscience de notre humanité commune. Ce n'est pas par des paroles que nous pouvons répondre aux besoins de nos peuples. Nous ne pourrons les satisfaire qu'à condition d'agir avec audace dans les années à venir et de comprendre que nous nous heurtons à des défis communs et qu'en nous abstenant d'y faire face c'est à nous tous que nous faisons tort.

Car nous en avons fait récemment l'expérience : quand le système financier d'un pays particulier s'affaiblit, la prospérité est mise à mal partout. Quand une nouvelle grippe infecte un seul être humain, nous courons tous un risque. Quand un pays particulier tente de se doter d'une arme nucléaire, le risque d'attaque nucléaire augmente dans toutes les nations. Quand des extrémistes violents sévissent dans une certaine région de montagnes, les populations situées par-delà l'océan sont mises en danger. Et quand des innocents en Bosnie et au Darfour sont massacrés, c'est notre conscience collective qui est souillée. (Applaudissements)

Vivre ensemble dans le monde, voilà ce que cela signifie au vingt et unième siècle. C'est la responsabilité que nous avons les uns envers les autres en tant qu'êtres humains.

C'est une responsabilité difficile à assumer. Car l'histoire de l'humanité est trop souvent le récit de nations et de tribus - et admettons-le, de religions - qui s'asservissent en visant leur propre intérêt. Mais dans cette ère nouvelle, une telle attitude est auto-destructrice. Au vu de notre interdépendance, tout ordre mondial qui élève un pays ou un groupe d'individus au détriment d'un autre est inévitablement voué à l'échec. Quelle que soit notre opinion du passé, nous ne devons pas en être prisonniers. Nous devons régler nos problèmes par le biais du partenariat et partager nos progrès. (Applaudissements)

Il ne faut pas en conclure que nous devrions faire sembler d'ignorer les sources de tension. C'est l'inverse qui nous est suggéré : nous devons affronter carrément ces tensions. Dans cet esprit, permettez-moi de m'exprimer aussi clairement et aussi simplement que possible sur certaines questions précises auxquelles nous devons maintenant faire face ensemble.

La première est celle de l'extrémisme violent sous toutes ses formes.

À Ankara, j'ai fait clairement savoir que l'Amérique n'est pas - et ne sera jamais - en guerre contre l'islam. (Applaudissements)

En revanche, nous affronterons inlassablement les extrémistes violents qui font peser une menace grave sur notre sécurité. Parce que nous rejetons ce que rejettent les gens de toutes confessions : le meurtre d'hommes, de femmes et d'enfants innocents. Et il m'incombe d'abord, en tant que président, de protéger le peuple américain.

La situation qui prévaut en Afghanistan illustre les objectifs de l'Amérique et la nécessité de collaborer tous ensemble. Voilà maintenant plus de sept ans, forts d'un large appui de

la communauté internationale, les États-Unis ont donné la chasse à al-Qaïda et aux talibans. Nous avons agi de la sorte non par choix, mais par nécessité. Je suis conscient que d'aucuns mettent encore en question ou même justifient les événements du 11 Septembre. Mais soyons clairs : Al-Qaïda a tué près de trois mille personnes ce jour-là. Ses victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants innocents, venus d'Amérique et de beaucoup d'autres pays, et qui n'avaient rien fait à personne. Mais al-Qaïda a choisi de les tuer sans merci, de revendiquer les attentats et il réaffirme aujourd'hui encore sa détermination à commettre d'autres meurtres à une échelle massive. Ce réseau a des membres dans de nombreux pays et il essaie d'élargir son rayon d'action. Il ne s'agit pas là d'opinions à débattre - ce sont des faits à combattre.

Eh bien, ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas laisser nos soldats en Afghanistan. Nous ne cherchons pas - nous ne cherchons pas à y établir des bases militaires. Il nous est douloureux pour l'Amérique de perdre ses jeunes gens et ses jeunes femmes. La poursuite de ce conflit s'avère coûteuse et politiquement difficile. Nous ne demanderions pas mieux que de rapatrier tous nos soldats, jusqu'au dernier, si nous avions l'assurance que l'Afghanistan et maintenant le Pakistan n'abritaient pas d'éléments extrémistes déterminés à tuer le plus grand nombre possible d'Américains. Mais ce n'est pas encore le cas.

C'est pourquoi nous oeuvrons en partenariat avec une coalition de 46 pays. Malgré les couts en cause, la volonté de l'Amérique ne va pas fléchir. Assurément, aucun d'entre nous ne doit tolérer ces éléments extrémistes. Ils ont fait des morts dans beaucoup de pays. Ils ont tué des gens de toutes religions - et surtout des musulmans. Leurs actions sont irréconciliables avec les droits de l'homme, le progrès des nations et l'islam. Le Saint Coran nous enseigne que quiconque tue un innocent tue l'humanité tout entière, (Applaudissements) et que quiconque sauve quelqu'un, sauve l'humanité tout entière. (Applaudissements) La foi enracinée de plus d'un milliard d'habitants de la planète est tellement plus vaste que la haine étroite de quelques-uns. Quand il s'agit de combattre l'extrémisme violent, l'islam ne fait pas partie du problème - il constitue une partie importante de la marche vers la paix.

Nous savons en outre que la puissance militaire ne va pas à elle seule résoudre les problèmes qui se posent en Afghanistan et au Pakistan. C'est pour cette raison que nous comptons investir 1,5 milliard de dollars par an, au cours des cinq prochaines années, dans la construction d'écoles et d'hôpitaux, de routes et d'entreprises, en partenariat avec les Pakistanais, ainsi que des centaines de millions de dollars pour venir en aide aux personnes déplacées. C'est pour cette raison encore que nous fournissons plus de 2,8 milliards de dollars aux Afghans afin de les aider à développer leur économie et à prodiguer les services dont la population a besoin.

Je voudrais aussi aborder le dossier de l'Irak. Contrairement à la guerre en Afghanistan, la guerre en Irak est le résultat d'un choix, lequel a provoqué des différences marquées dans mon pays et à travers le monde. Tout en étant convaincu que le peuple irakien a gagné au bout du compte à être libéré de la tyrannie de Saddam Hussein, je crois aussi que les événements en Irak ont rappelé à l'Amérique la nécessité de recourir à la

diplomatie et de construire un consensus international pour résoudre ses problèmes à chaque fois que c'est possible. (Applaudissements) De fait, nous avons en mémoire les propos de Thomas Jefferson, qui disait ceci : " J'espère que notre sagesse grandira avec notre puissance et qu'elle nous enseignera que moins nous utiliserons cette dernière, plus elle fera de l'effet. "

Aujourd'hui, l'Amérique possède une double responsabilité : aider l'Irak à se forger un avenir meilleur et laisser l'Irak aux Irakiens. J'ai fait clairement savoir au peuple irakien (Applaudissements) que nous ne cherchons nullement à établir des bases en Irak ni à revendiquer son territoire ou ses ressources. La souveraineté de l'Irak appartient à l'Irak. C'est pour cette raison que j'ai ordonné le retrait de nos brigades de combat d'ici au mois d'août de l'année prochaine. C'est pour cette raison que nous allons honorer l'accord que nous avons conclu avec le gouvernement irakien, élu démocratiquement, concernant le retrait de nos troupes de combat des villes irakiennes d'ici au mois de juillet et de toutes nos troupes du territoire irakien d'ici à 2012. (Applaudissements) Nous aiderons l'Irak à former ses forces de sécurité et à développer son économie. Mais c'est en tant que partenaires, et jamais en tant que protecteurs, que nous apporterons notre appui à un Irak sécurisé et uni.

Enfin, tout comme l'Amérique ne tolérera jamais la violence des extrémistes, elle ne doit jamais altérer ni oublier ses principes. Les événements du 11 Septembre ont infligé un traumatisme considérable à notre pays. La peur et la colère qu'ils ont provoquées sont compréhensibles, mais dans certains cas ces sentiments nous ont conduits à agir de manière contraire à nos traditions et à nos idéaux. Nous prenons maintenant des mesures concrètes pour rectifier cette situation. J'ai interdit sans équivoque l'usage de la torture par les États-Unis et j'ai ordonné la fermeture de la prison à Guantanamo Bay d'ici au début de l'année prochaine. (Applaudissements)

L'Amérique va donc se défendre, dans le respect de la souveraineté des nations et de la primauté du droit. Et nous agirons en ce sens en partenariat avec les communautés musulmanes qui sont elles aussi menacées. Plus vite les extrémistes seront isolés et malvenus dans les communautés musulmanes, plus vite nous connaîtrons tous une sécurité accrue.

La deuxième grande source de tension que nous devons aborder concerne la situation entre les Israéliens, les Palestiniens et le monde arabe.

Les liens solides qui unissent l'Amérique à Israël sont bien connus. Cette relation est immuable. Elle se fonde sur des liens culturels et historiques et sur la reconnaissance du fait que l'aspiration à un territoire juif est ancré dans un passé tragique indéniable.

À travers le monde, le peuple juif a été persécuté pendant des siècles et l'antisémitisme en Europe a atteint son paroxysme avec un holocauste sans précédent. Demain, je me rendrai à Buchenwald, qui faisait partie d'un réseau de camps où des Juifs étaient réduits à l'esclavage, torturés, abattus et envoyés aux chambres à gaz par le Troisième Reich.

Six millions de Juifs ont été tués - soit un nombre supérieur à celui de toute la population juive d'Israël aujourd'hui. Il est injustifié, ignorant et odieux de nier ce fait. Il est profondément injuste de menacer Israël de destruction, ou répéter de vils stéréotypes sur les Juifs et cela ne sert qu'à évoquer dans l'esprit des Israéliens cette page la plus douloureuse de leur passé et à empêcher de prendre racine la paix à laquelle ont droit les habitants de cette région.

Ceci dit, il est également indéniable que le peuple palestinien, qui regroupe des musulmans et des chrétiens, a souffert en quête d'un territoire. Depuis plus de soixante ans, il connaît la douleur de la dislocation. Beaucoup attendent dans des camps de réfugiés en Cisjordanie, à Gaza et dans des terres voisines de connaître une vie de paix et de sécurité à laquelle ils n'ont jamais eu le droit de goûter. Ils subissent au quotidien les humiliations - grandes et petites - qui accompagnent l'occupation. Il n'est pas permis d'en douter : la situation du peuple palestinien est intolérable. L'Amérique ne tournera pas le dos à l'aspiration légitime du peuple palestinien à la dignité, aux chances de réussir et à un État à lui. (Applaudissements)

Depuis des dizaines d'années, une impasse persiste : deux peuples aux aspirations légitimes, chacun marqué par un passé douloureux qui rend un compromis insaisissable. Il est aisé de pointer un doigt accusateur : les Palestiniens peuvent attirer l'attention sur la dislocation consécutive à la fondation d'Israël, et les Israéliens peuvent dénoncer l'hostilité et les attaques dont le pays a de tout temps fait l'objet à l'intérieur même de ses frontières et par-delà. Mais si nous examinons ce conflit à travers le prisme de l'une ou de l'autre partie, nos oeillères nous cacheront la vérité : la seule résolution consiste à répondre aux aspirations des uns et des autres en créant deux États, où Israéliens et Palestiniens vivront chacun dans la paix et la sécurité. C'est dans l'intérêt d'Israël, dans l'intérêt de la Palestine, dans l'intérêt de l'Amérique, dans l'intérêt du monde. C'est pourquoi je compte personnellement poursuivre un tel aboutissement avec toute la patience et le dévouement qu'exige cette tâche. (Applaudissements) Les obligations qu'ont acceptées les parties en vertu de la Feuille de route sont claires. Pour que règne la paix, il est temps que les parties - et que nous tous -se montrent à la hauteur de leurs responsabilités.

Les Palestiniens doivent renoncer à la violence. La résistance sous forme de violence et de massacre n'aboutira pas. Les Noirs en Amérique ont souffert du fouet quand ils étaient esclaves et de l'humiliation de la ségrégation. Mais ce ne fut pas la violence qui leur a finalement permis d'obtenir l'égalité des droits dans son intégrité. Ce fut la persévérance ferme et pacifique pour les idéaux au coeur même de la création de l'Amérique. Cette même histoire peut être racontée par des peuples de l'Afrique du sud à l'Asie du sud ; de l'Europe de l'est à l'Indonésie. C'est une histoire avec une simple vérité : la violence ne mène nulle part. Lancer des roquettes contre des enfants israéliens endormis ou tuer des vieilles femmes dans un autobus, n'est pas un signe de courage ni de force. Ce n'est pas de cette manière que l'on revendique l'autorité morale ; c'est ainsi qu'on l'abdique.

Le moment est maintenant venu pour les Palestiniens de se concentrer sur ce qu'ils peuvent bâtir. L'Autorité palestinienne doit développer ses capacités de gouverner avec des institutions qui répondent aux besoins de son peuple. Hamas jouit du soutien de certains Palestiniens, mais il doit aussi reconnaitre ses responsabilités. Il doit jouer un rôle pour réaliser les aspirations des Palestiniens et unir le peuple palestinien. Hamas doit mettre fin à la violence, reconnaître les accords passés et reconnaître le droit à l'existence d'Israël.

En même temps, Israël doit reconnaître que tout comme le droit à l'existence d'Israël ne peut être nié, il en est de même pour la Palestine. Les États-Unis n'acceptent pas la légitimité de la continuation des colonies israéliennes. (Applaudissements) Ces constructions constituent une violation des accords passés et portent préjudice aux efforts de paix. Le moment est venu pour que ces colonies cessent. (Applaudissements)

Israël doit aussi honorer ses obligations et assurer que les Palestiniens puissent vivre, travailler et développer leur société. Tout comme elle ravage les familles palestiniennes, la continuation de la crise humanitaire à Gaza ne sert pas à promouvoir la sécurité d'Israël, l'absence persistante de chances de réussite en Cisjordanie non plus. Des améliorations dans la vie de tous les jours du peuple palestinien doivent constituer une partie cruciale de la feuille de route pour la paix.

Enfin, les États arabes doivent reconnaître que l'initiative arabe de paix a été un début important, mais non la fin de leurs responsabilités. Le conflit israélo-arabe ne devrait plus être utilisé pour distraire les populations des États arabes des autres problèmes. Il doit au contraire servir de raison pour aider les populations palestiniennes à développer les institutions qui permettront d'asseoir leur État ; à reconnaître la légitimité d'Israël ; et à opter pour le progrès au lieu de se polariser de manière autodestructive sur le passé.

L'Amérique alignera ses politiques avec ceux qui veulent la paix. Nous dirons en public ce que nous dirons en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes. (Applaudissements) Nous ne pouvons pas imposer la paix. Mais en privé, de nombreux Musulmans reconnaissent qu'Israël ne disparaitra pas ; de même, de nombreux Israéliens reconnaissent la nécessité d'un État palestinien. Le moment est venu de prendre une initiative, sur ce que tous savent être vrai.

Trop de larmes ont coulé. Trop de sang a été versé. Nous avons tous la responsabilité d'oeuvrer pour le jour où les mères d'Israéliens et de Palestiniens pourront voir leurs enfants grandir sans peur ; où la terre sainte de trois grandes religions sera ce lieu de paix que Dieu avait voulu ; où Jérusalem sera un lieu de résidence sur et permanent pour les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans et un lieu où tous les enfants d'Abraham pourront se côtoyer dans la paix comme dans l'histoire d'Israh, (Applaudissements), - comme dans l'histoire d'Israh, de Moïse, de Jésus et de Mohammed (que la paix soit avec eux) unis dans la prière. (Applaudissements)

La troisième source de tension est nos intérêts en commun à l'égard des droits et des responsabilités des États concernant les armes nucléaires.

Cette question a constitué une source de tension entre les Etats-Unis et la République islamique d'Iran. Pendant de nombreuses années, l'Iran s'est défini en partie par son opposition à mon pays et il existe en effet un passé tumultueux entre nos deux pays. En pleine Guerre froide, les États-Unis ont joué un rôle dans le renversement d'un gouvernement iranien démocratiquement élu. Depuis la révolution islamique, l'Iran a joué un rôle dans la prise d'otages et dans des actes de violence à l'encontre des troupes et des civils américains. Cette histoire est bien connue. Plutôt que de rester emprisonné par le passé, j'ai dit clairement au peuple et aux dirigeants iraniens que mon pays est prêt à aller de l'avant. La question qui se pose maintenant n'est pas de savoir à quoi l'Iran s'oppose, mais plutôt quel est l'avenir qu'il souhaite bâtir.

Je comprends qu'il sera difficile de surmonter des décennies de méfiance, mais nous allons procéder avec courage, rectitude et fermeté. Il y aura de nombreux problèmes à examiner entre nos deux pays et nous sommes disposés à aller de l'avant sans conditions préalables, sur la base d'un respect mutuel. Mais il est clair pour tous ceux préoccupés par les armes nucléaires que nous sommes arrivés à un tournant décisif. Ce n'est pas simplement dans l'intérêt des États-Unis, c'est pour empêcher une course aux armes nucléaires susceptible d'entraîner cette région sur une voie extrêmement dangereuse .

Je comprends ceux qui protestent contre le fait que certains pays possèdent des armes que d'autres ne possèdent pas. Aucun État ne devrait décider et choisir qui sont les pays à avoir des armes nucléaires. C'est pourquoi je réaffirme fermement l'engagement de l'Amérique à vouloir un monde dans lequel aucun pays ne possède d'armes nucléaires. (Applaudissements) Et chaque pays, y compris l'Iran, devrait avoir le droit d'avoir accès à l'énergie nucléaire pacifique s'il respecte ses engagements dans le cadre du Traité de non-prolifération nucléaire. Cet engagement est au coeur du Traité et il doit être pris par tous ceux qui y souscrivent pleinement. J'espère que tous les pays de la région pourront partager cet objectif.

Le quatrième point je vais aborder est la démocratie. (Applaudissements)

Je sais - je sais qu'il y a eu une polémique, au cours des récentes années, au sujet de la promotion de la démocratie et qu'une grande partie de cette controverse est liée à la guerre en Irak. Par conséquent, permettez-moi de le dire clairement : aucun système de gouvernement ne peut ou ne devrait être imposé par un pays à un autre.

Toutefois, cela ne diminue pas mon engagement à l'égard des gouvernements qui reflètent la volonté du peuple. Chaque nation donne naissance à ce principe de sa propre manière, en fonction des traditions de son propre peuple. L'Amérique ne prétend pas savoir ce qui est le mieux pour tout et chacun, tout comme nous ne voudrions pas prétendre décider des résultats d'une élection pacifique. Mais j'ai la ferme conviction que tous les peuples aspirent à certaines choses : la possibilité de s'exprimer et d'avoir une voix dans la façon dont ils sont gouvernés ; la confiance en l'État de droit et

l'application équitable de la justice ; un gouvernement qui est transparent et qui ne vole pas ce qui appartient à son peuple ; la liberté de vivre selon leur choix. Il ne s'agit pas simplement d'idéaux américains, il s'agit des droits de l'homme et c'est pourquoi nous les encouragerons dans le monde entier. (Applaudissements)

C'est vrai, il n'y a pas de route directe pour honorer cette promesse. Mais une chose est claire, les gouvernements qui défendent ces droits sont à terme plus stables, meilleurs et plus en sécurité. La suppression des idées ne réussit jamais à les éliminer. L'Amérique respecte la liberté d'expression de tous ceux, dans le monde entier, qui sont pacifiques et respectueux de la loi, même si nous ne sommes pas d'accord avec eux. Nous accueillerons tous les gouvernements élus pacifiques - à condition qu'ils gouvernent en respectant toutes leurs populations.

Ce point est important car il y a ceux qui encouragent la démocratie uniquement lorsqu'ils ne sont pas au pouvoir ; et une fois au pouvoir ils sont sans scrupules dans la suppression des droits d'autrui. (Applaudissements) Quel que soit là où il prend forme, le gouvernement du peuple et par le peuple est le seul étalon par lequel on mesure tous ceux qui sont au pouvoir : il faut conserver le pouvoir par le consentement du peuple et non la coercition ; il faut respecter les droits des minorités et participer, dans un esprit de tolérance et de compromis ; il faut mettre les intérêts du peuple et le déroulement légitime du processus politique avant ceux de son parti. Sans ces ingrédients, les élections ne créent pas une vraie démocratie à elles seules.

Un membre du public : Barack Obama, on vous aime !

Président Obama : Je vous remercie. (Applaudissements) Le cinquième point que nous allons aborder ensemble est celui de la liberté de religion.

L'Islam a une tradition de tolérance dont il est fier. Nous le constatons dans l'histoire de l'Andalousie et de Cordoue pendant l'Inquisition. Je l'ai constaté de première main pendant mon enfance en Indonésie, où des Chrétiens dévots pratiquaient ouvertement leur religion dans un pays à prépondérance musulmane. C'est cet esprit qu'il nous faut aujourd'hui. Les habitants de tous les pays doivent être libres de choisir et de vivre leur religion d'après leur conviction d'esprit, de coeur et d'âme. Cette tolérance est essentielle pour que la religion puisse s'épanouir, or elle est assaillie de plusieurs façons différentes.

Parmi certains musulmans, on constate que certains ont malheureusement tendance à mesurer leur propre croyance à l'aune du rejet des croyances d'autrui. Il faut soutenir la richesse de la diversité religieuse, que ce soit pour les Maronites au Liban ou les Coptes en Égypte . (Applaudissements) Et pour être francs, il faut aussi mettre fin aux divergences entre les musulmans, car les divisions entre les sunnites et les chiites ont provoqué des violences tragiques, tout particulièrement en Irak.

La liberté de religion joue un rôle crucial pour permettre aux gens de vivre en harmonie. Nous devons toujours examiner les façons dont nous la protégeons. Aux États-Unis, par exemple, les musulmans ont plus de mal à s'acquitter de l'obligation religieuse de la zakat étant donné les règles relatives aux dons de bienfaisance. C'est pour cette raison que je suis résolu à oeuvrer avec les musulmans américains pour leur permettre de s'acquitter de la zakat.

De même, il importe que les pays occidentaux évitent d'empêcher les musulmans de pratiquer leur religion comme ils le souhaitent, par exemple, en dictant ce qu'une musulmane devrait porter. En un mot, nous ne pouvons pas déguiser l'hostilité envers la religion sous couvert de libéralisme.

De fait, la foi devrait nous unir. C'est pour cette raison que nous sommes en train de créer de nouveaux programmes de service communautaire en Amérique qui réunissent des chrétiens, des musulmans et des juifs. C'est également pour cette raison que nous nous réjouissons des initiatives telles que le dialogue interreligieux du roi Abdallah d'Arabie Saoudite et le leadership de la Turquie dans l'Alliance des civilisations. À travers le monde, nous pouvons transformer le dialogue en un service interreligieux de sorte que les ponts entre les êtres humains mènent à des actions en faveur de notre humanité commune, que ce soit pour lutter contre le paludisme en Afrique ou pour fournir des secours après une catastrophe naturelle.

La sixième question - la sixième question dont je veux parler porte sur les droits des femmes.

(Applaudissements) Je sais - je sais, et vous pouvez le voir d'après ce public - que cette question suscite un sain débat. Je rejette l'opinion de certains selon laquelle une femme qui choisit de se couvrir la tête est d'une façon ou d'une autre moins égale, mais j'ai la conviction qu'une femme que l'on prive d'éducation est privée d'égalité. (Applaudissements) Et ce n'est pas une coïncidence si les pays dans lesquels les femmes reçoivent une bonne éducation connaissent bien plus probablement la prospérité.

Je tiens à préciser une chose : les questions relatives à l'égalité des femmes ne sont absolument pas un sujet qui concerne uniquement l'Islam. En Turquie, au Pakistan, au Bangladesh et en Indonésie, nous avons vu des pays à majorité musulmane élire une femme à leur tête, tandis que la lutte pour l'égalité des femmes continue dans beaucoup d'aspects de la vie américaine, et dans les pays du monde entier.

Je suis convaincu que nos filles peuvent offrir une contribution à la société tout aussi importante que nos fils (Applaudissements)et que notre prospérité commune sera favorisée si nous utilisons les talents de toute l'humanité, hommes et femmes. Je ne crois pas que les femmes doivent faire les mêmes choix que les hommes pour assurer leur égalité, et je respecte celles qui choisissent de suivre un rôle traditionnel. Mais cela devrait être leur choix. C'est pour cela que les États-Unis oeuvreront en partenariat avec tout pays à majorité musulmane pour améliorer l'alphabétisation des filles. Nous aiderons aussi les jeunes femmes à faire la transition de l'école au monde du travail par l'intermédiaire du microfinancement qui permet aux gens de réaliser leurs rêves. (Applaudissements)

Finalement, je veux parler de notre intérêt commun à favoriser le développement et les opportunités économiques.

Je sais que pour beaucoup, la mondialisation présente des aspects contradictoires. Internet et la télévision peuvent transmettre dans les foyers des connaissances et des informations, mais également une sexualité vulgaire et une violence gratuite. Le commerce peut s'accompagner de nouvelles richesses et opportunités, mais aussi de grands bouleversements et de changements au niveau communautaire. Dans tous les pays, y compris en Amérique, ce changement provoque la peur. La peur que la modernité signifie la perte du contrôle de nos choix économiques, de nos décisions politiques et, il s'agit d'un élément encore plus important, de notre identité, c'est-à-dire des choses qui nous attachent à notre communauté, notre famille et notre foi.

Mais je sais aussi qu'on ne peut pas empêcher le progrès humain. Le développement et la tradition ne sont pas nécessairement contradictoires. Des pays comme le Japon et la Corée du Sud ont connu une prodigieuse croissance économique tout en conservant leur culture distincte. Il en va de même pour les progrès remarquables au sein de pays à majorité musulmane, de Kuala Lumpur à Dubaï. Par le passé et de nos jours, les communautés musulmanes ont été à la pointe de l'innovation et de l'éducation.

Ceci est important car aucune stratégie de développement ne peut se fonder uniquement sur ce que produit la terre et elle ne peut être durable si les jeunes n'ont pas de travail. De nombreux pays du Golfe se sont énormément enrichis grâce au pétrole et certains commencent à concentrer leurs ressources sur le développement plus large. Mais nous devons tous garder à l'esprit que l'éducation et l'innovation seront la monnaie d'échange du 21e siècle. (Applaudissements) Dans trop de communautés musulmanes, le sous-investissement en ces domaines persiste. J'attire l'attention sur cette réalité dans mon propre pays. Et à la différence du passé pendant lequel l'Amérique se concentrait sur le pétrole et le gaz, s'agissant de cette partie du monde, nous chercherons désormais à agir dans des domaines plus variés.

Dans le domaine de l'éducation, nous allons élargir les programmes d'échange et augmenter les bourses, comme celle qui a permis à mon père de venir en Amérique, (Applaudissements) tout en encourageant davantage d'Américains à étudier dans des communautés musulmanes. Nous offrirons à des étudiants musulmans prometteurs des stages aux États-Unis ; nous investirons dans l'enseignement en ligne destiné aux enseignants et aux enfants à travers le monde ; et nous créerons un nouveau réseau informatique qui permettra à un jeune du Kansas de communiquer instantanément avec un jeune du Caire.

Dans le domaine du développement économique, nous créerons un nouveau corps de volontaires des milieux d'affaires qui formeront des partenariats avec des homologues de pays à majorité musulmane. Je vais aussi accueillir un Sommet sur l'entrepreneuriat cette année pour trouver les moyens d'approfondir les liens entre les leaders du monde des affaires, les fondations et les entrepreneurs sociaux des États-Unis et des communautés musulmanes à travers le monde.

Dans le domaine des sciences et des technologies, nous établirons un nouveau fonds pour appuyer le développement technologique dans les pays à majorité musulmane et pour

aider à concrétiser commercialement des idées pour qu'elles créent des emplois. Nous ouvrirons des centres d'excellence scientifiques en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est, et nous nommerons de nouveaux émissaires pour les sciences chargés de collaborer à des programmes qui mettront au point de nouvelles sources d'énergie, créeront des emplois verts, numériseront les registres et archives, purifieront l'eau et produiront de nouvelles cultures. Dans le domaine de la santé au niveau mondial, j'annonce aujourd'hui une nouvelle initiative avec l'Organisation de la conférence islamique pour éradiquer la polio et nous intensifierons nos partenariats avec des communautés musulmanes pour améliorer la santé maternelle et infantile.

Tout cela doit être accompli en partenariat. Les Américains sont prêts à se joindre aux citoyens et gouvernements, aux organisations communautaires, aux dirigeants religieux et aux entreprises dans les communautés musulmanes du monde entier afin d'aider nos populations à améliorer leur vie.

Il ne sera pas facile de régler les questions dont je viens de parler. Mais nous avons la responsabilité de nous unir pour réaliser le monde auquel nous aspirons, un monde où les extrémistes ne menacent plus notre pays et où les soldats américains sont rentrés chez eux, un monde où les Palestiniens et les Israéliens vivent chacun en sécurité dans un État qui leur est propre et où l'énergie nucléaire est utilisée à des fins pacifiques, un monde où les gouvernements servent les intérêts de leurs citoyens et où les droits de tous les enfants de Dieu sont respectés. Tel est le monde auquel nous aspirons et nous n'y parviendrons qu'ensemble.

Je sais qu'un grand nombre de gens - musulmans et non musulmans - se demandent si nous arriverons vraiment à prendre ce nouveau départ. Certains veulent attiser les flammes de la division et entraver le progrès. Certains suggèrent que ça ne vaut pas la peine ; ils avancent qu'il y aura fatalement des désaccords et que les civilisations finissent toujours par s'affronter. Beaucoup plus ont tout simplement des doutes. Il y a tellement de peur, tellement de méfiance qui se sont accumulées avec les ans. Mais si nous choisissons de nous laisser enchaîner par le passé, nous n'irons jamais de l'avant. Je veux particulièrement le déclarer aux jeunes de toutes les fois et de tous les pays, plus que quiconque, vous avez la possibilité de ré-imaginer le monde, de refaire le monde.

Nous partageons tous cette planète pendant un court instant. À nous de décider si nous passons ce temps à nous concentrer sur ce qui nous sépare ou si nous nous engageons à faire ce qu'il faut - de façon soutenue - pour trouver un terrain d'entente, pour nous concentrer sur l'avenir que nous désirons pour nos enfants, et pour respecter la dignité de tous les êtres humains.

Tout ceci n'est pas simple. Il est plus facile de se lancer dans une guerre que de faire la paix. Il est plus facile de blamer autrui que de s'examiner soi-même ; il est plus facile de voir ce qui nous distingue, plutôt que ce que nous avons en commun. Mais il faut choisir le bon chemin, et non le plus facile. Il y a une règle essentielle qui sous-tend toutes les religions : celle de traiter les autres comme nous aimerions être traités. Cette vérité transcende les nations et les peuples. C'est une croyance qui n'est pas nouvelle, qui n'est ni noire ni blanche ni basanée, qui n'est ni chrétienne ni musulmane ni juive. C'est une

foi qui a animé le berceau de la civilisation et qui bat encore dans le coeur de milliards d'êtres humains. C'est la foi dans autrui et c'est ce qui m'a mené ici aujourd'hui.

Nous avons le pouvoir de construire le monde auquel nous aspirons, mais seulement si nous avons le courage de prendre un nouveau départ, en gardant à l'esprit ce qui a été écrit.

Le Saint Coran nous dit: 'Ô hommes! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez."

Le Talmud nous dit : " Toute la Torah a pour objectif de promouvoir la paix. "

La Bible nous dit : " Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu. "

Les habitants du monde peuvent cohabiter en paix. Nous savons que telle est la vision de Dieu. C'est maintenant notre tâche sur cette Terre. Je vous remercie et que la paix de Dieu soit avec vous. Je vous remercie. Je vous remercie. (Applaudissements)

http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/document/300353123-le-discours-de-barack-obama-au-caire-texte-et-video-.htm

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Voici des documents de la Bibliothéque du Congré US sur les courriers de Thomas Barclay en 1785 et 1786 concernant le traité de paix entre les USA et le Maroc, désoler c'est illisible, mais si une personne peut y remedier les Forumeurs le remercie par avance pour son travail.